Premier dimanche du Carême, Année A

Genèse 2, 7-9 ; 3, 1-7a / Psaume 50 (51) / Romains 5, 12-19 / Matthieu 4, 1-11

Au début du carême, la liturgie nous propose le récit du premier combat de Jésus, le récit dit des tentations, comme invitation pressante à entrer dans notre propre combat intérieur.

L’évangile de Matthieu rapporte comment Jésus, immédiatement après son baptême, est conduit au désert par l’Esprit. Sans doute Matthieu pensait-il au désert de Judée, l’endroit où avait eu lieu la prédication de Jean-Baptiste. Un endroit à l’écart, où on pouvait vivre dans la solitude, à l’abri des curieux. Au temps de Jésus certains groupes juifs, les Esséniens, s’étaient retirés dans ce désert de Judée pour rassembler le peuple fidèle de Dieu. Mais Jésus ne se retire pas au désert pour y rester. Le passage de Jésus au désert n’a de signification que par rapport à son activité publique qui se passera au milieu des gens, parcourant leurs villes et villages.

Jésus, une fois au désert, passe 40 jours, jeûnant. La tradition juive attribuait aussi 40 jours dans le désert à Moïse, pendant lesquels il avait été nourri miraculeusement par Dieu. Jésus, comme un nouvel Moïse qui conduit son peuple vers sa libération et vers la vraie connaissance de Dieu, jeûne, non comme ascèse pour se rendre capable d’affronter le diable, mais signifiant ainsi, à l’instar de Moïse, son écoute attentive et sa soumission complète à la volonté du Père de qui il attend tout.

Alors survient le diable pour le tenter, et il vient pour vraiment le tenter. Il n’est pas question d’éprouver Jésus pour le fortifier. Il veut le faire tomber d’une manière très concrète : il veut le faire abandonner sa vocation de Fils obéissant.

Jésus a faim. C’est normal, il est vrai homme ! Le diable lui propose alors de supprimer cette difficulté en utilisant son autorité de Fils de Dieu pour son propre compte, le détournant ainsi de sa vocation de Fils obéissant qui compte exclusivement sur son Père.

Jésus à chaque tentation ne répond pas de manière indépendante ! Il répond toujours en s’appuyant sur les Écritures. Ceci nous montre le fondement de son attitude : il choisit de rester homme, de rester un juif fidèle qui compte sur la Parole de Dieu. Ainsi peut-il retorquer au diable que la vie d’un homme ne saurait être satisfaite de pain seulement.

Dans la deuxième tentation, le diable propose à Jésus de faire un miracle éclatant, d’utiliser son pouvoir de Fils pour quelque chose que le Père ne lui aurait pas demandée. Il veut que Jésus se montre autonome par rapport à son Père.

Jésus répond, toujours à travers les Écritures, comme expression de sa complète obéissance. Jésus, s’il est le Messie, s’il est le Sauveur, ne le sera pas de manière égocentrique. Il suivra, en tout, la volonté de son Père.

La troisième tentation est faussée à la racine même. Le diable offre tous les royaumes du monde à Jésus ; or, le monde ne lui appartient pas. Le monde appartient à Dieu seul, son créateur. Ce que le diable offre à Jésus est son emprise sur les pouvoirs de ce monde, en contradiction avec le plan primordial de Dieu. Le pouvoir que le diable offre n’est qu’illusoire car fondé sur la division dont il est le maître.

Jésus comprend cette tentation comme un choix à faire entre une forme faussée de pouvoir et le service filial : « le Seigneur ton Dieu, tu adoreras, et c’est lui seul que tu serviras. » Jésus assume de manière radicale et rappelle à tout instant sa condition de Serviteur.

À chaque tentation, Jésus est clair. Il n’y a pas de place, ni dans ses paroles ni dans ses attitudes, pour les malentendus ou l’ambiguïté. Il nomme le diable de manière explicite et l’écarte avec autorité : « arrière Satan ! » C’est une autorité qui surgit de son humilité et de la liberté que donne le fait de reconnaître sa dépendance du Père.

L’Esprit nous pousse aujourd’hui, au début du carême, à entrer dans la dynamique du désert, à faire silence en nous, pour écouter la volonté du Père. Pour les pères du désert et dans la tradition des moines du désert, l’avantage d’être au désert était que le diable n’avait pas où se cacher et qu’on le voyait venir de loin. Cette image nous parle encore aujourd’hui ! Ce moment de désert auquel nous invite le carême, est aussi le moment privilégié pour voir quelles sont les tentations qui nous détournent de notre vocation primordiale. Peut-être que dans le bruit et les activités de la vie de chaque jour, nous n’arrivons pas à les repérer. Peut-être que nous nous sommes habitués à une certaine ambiguïté dans nos attitudes ou à des discours intérieurs qui nous réconfortent dans une zone de clair-obscur. La première tentation pourrait nous parler du désir de contrôler et d’utiliser les biens matériels, la deuxième du désir de célébrité ou même de forcer la main de Dieu, la troisième du désir de pouvoir… Ce que l’attitude de Jésus nous montre est que la racine de la tentation est toujours la même, nous séparer du Père et nous détourner de notre vocation filiale, être des serviteurs qui attendent tout de Lui.

Demandons alors la grâce du silence, de la vérité et de l’humilité de celui qui place toute sa confiance dans le Seigneur seul et qui espère tout de Lui.

Par: Gonzalo Martín Bartolomé, M.Afr.