Il existe des écrits qui élèvent l’admiration des personnes par la profondeur et la beauté de la langue, touchant la profondeur des sentiments humains.
Je considérerais la page de l’Évangile proclamée aujourd’hui, les Béatitudes, dans la version transmise par Matthieu, parmi les textes les plus touchants, un peu comme le Cantique des Créatures de saint François ou, surtout pour ceux qui ont été en contact avec la culture italienne, l’Hymne à la Vierge de Dante dans la partie Paradis de la Divine Comédie.
En effet, Matthieu place les Béatitudes au début du premier enseignement de Jésus. Nous savons que, comme le présentent les commentateurs, Matthieu structure le corps principal de son évangile autour de cinq sections contenant un discours et une série d’actions de Jésus. À ce corps d’enseignements et d’actions, Matthieu place au début les récits liés à la naissance de Jésus. À la fin, il place les récits de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus.
Comme nous le savons, l’expression d’ouverture donne l’idée principale que l’auteur entend développer : « Heureux les pauvres en esprit ». Cette expression inclut toutes les personnes dont la vie est ouverte à l’action et aux inspirations du Seigneur. Elles reconnaissent leur dépendance envers Dieu et ne se considèrent pas autosuffisantes en quoi que ce soit.
Jésus poursuit ensuite en mettant en lumière les aspects du deuil, de la douceur, de la faim de justice, de la miséricorde et de la pureté du cœur. Ces attitudes dans la vie sont une conséquence du fait d’être pauvre en esprit. Elles visent à montrer le type de relations que nous devons construire avec les autres, en tant que disciples de Jésus. Dans la tradition spirituelle, ces attitudes sont considérées comme des vertus en elles-mêmes. La vertu d’humilité résume ces attitudes comme faisant partie de la vie du disciple de Jésus.
À cela, nous ajoutons aussi la situation d’être persécuté à cause de Jésus. C’est, comme nous le savons, quelque chose qui arrive fréquemment en de nombreux endroits. Cela inclut les situations où croire en Jésus est interdit par les autorités, ainsi que les lieux où le fait d’être chrétien place la personne en marge, voire en opposition, avec la mentalité commune du groupe majoritaire. Par conséquent, la personne se sent exclue des conversations quotidiennes avec ses concitoyens et n’a pas accès à certaines fonctions et responsabilités sociales.
Le texte évangélique plonge ses racines dans les paroles du prophète Sophonie, proclamées dans la première lecture d’aujourd’hui. Le prophète s’adressait au peuple à une époque où prévalait dans la société israélite une sorte de « paresse » dans les pratiques religieuses : les gens célébraient un culte mélangé à des pratiques importées des traditions religieuses des peuples voisins. De plus, la société était marquée par une profonde division entre riches et pauvres. Ces derniers étaient laissés à eux-mêmes, luttant pour leur simple survie. Historiquement, c’était l’époque précédant la réforme du roi Josias qui débuta vers 622 av. J.-C.
Le prophète désigne la présence des humbles comme ceux qui construiront les nations renouvelées, composées de personnes dont la religion est authentique.
Les humbles reconnaissent leur besoin de Dieu. Ils accueillent Dieu dans leur vie. Par conséquent, leurs pratiques religieuses sont authentiques : elles émanent d’un cœur ouvert à la parole de Dieu. En d’autres termes, ils acceptent Dieu et obéissent à ses commandements. Ils ne célèbrent pas le culte pour plier Dieu à leurs projets, comme c’était souvent le cas avec les pratiques religieuses empruntées à d’autres peuples.
La même attitude d’humilité apparaît dans la deuxième lecture, tirée de la première lettre à la communauté de Corinthe. Paul affirme que le projet de Dieu, apporté par Jésus, se réalise par les pauvres en esprit. Ce sont eux qui sont les plus ouverts à la parole de Dieu.
L’Évangile s’est d’abord répandu parmi les pauvres et les humbles du pays.
Cela reste vrai aujourd’hui. L’histoire de nombreuses Églises montre que l’évangélisation est souvent le résultat d’actions menées par des gens simples, fascinés par la personne de Jésus et attirés par le message de l’Évangile. Ils sont les premiers témoins du Christ, qui diffusent ensuite le message.
La question que nous nous posons est de savoir comment mettre en pratique ces paroles de Jésus dans nos sociétés aujourd’hui. Nous réalisons que notre monde propose un type d’attitudes où prévaloir sur les autres et être fort sont considérés comme les voies du succès. Pour réaliser ses idéaux dans la vie, il faut surmonter les autres, être plus fort qu’eux et arriver premier.
Le leadership dans la société est souvent obtenu par la force. Nous connaissons des gouvernements qui maintiennent le pouvoir par des moyens forts, conduisant trop souvent à la violence. Ainsi, nous connaissons des gouvernements qui maintiennent l’ordre et étouffent l’opposition par des moyens violents. Ils assimilent l’expression d’une opinion différente à une trahison et considèrent ceux qui expriment des opinions différentes comme des ennemis.
De plus, dans nos actions quotidiennes, nous réalisons que nous ne cédons pas facilement le passage aux autres, par exemple en montant dans un bus ou en faisant la queue dans les administrations. Nous voulons l’emporter.
La parole de Dieu de ce dimanche montre un chemin différent. Il peut être considéré comme fou par la mentalité publique. Néanmoins, c’est la seule voie par laquelle nous pouvons construire une société meilleure. Il est important que les gens se sentent chez eux, respectés et valorisés pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des personnes humaines et non de simples numéros.
La bienveillance envers les autres ne serait-elle pas assimilable à l’humilité ? Ou au fait d’être pauvre en esprit, que Jésus déclare heureux ?
Je pense que l’humilité, telle que l’Évangile l’enseigne, est la voie pour nous, chrétiens, croyants en Jésus, de contribuer à l’édification d’un monde plus juste et d’une coexistence pacifique.
Par: Luigi Morell, M.Afr.