“Régionalité et fraternité incarnées… vision en dents de scie” (PE n° 1091 – 2018/05)

Le passé qui revient et le passé qui ne revient jamais constituent un moment de notre vie qui évoque des souvenirs et des sentiments résonant sans cesse, comme une onde, dans les lointains recoins de notre existence. Par exemple, le bonheur d’un exploit réussi ou de la reconnaissance pour avoir entraîné des frères ou des soeurs dans une démarche de don de soi qui débouche sur une foi incarnée dans la prière, le témoignage et l’engagement pour le bien dans la justice. Ce moment de notre vie a eu aussi ses démons. Leur laideur nous hante quelquefois l’esprit au point d’enclencher le sentiment de révolte face aux échecs et limites humaines. Heureusement, par la grâce divine, nos échecs et nos limites humaines nous replongent dans la spiritualité de l’humilité pour bien savourer et célébrer la miséricorde de Dieu et la joie du soutien fraternel dont la bienfaisance a fait ses preuves.  

Dans la durée nous nous acheminons vers une vision missionnaire incarnée et de plus en plus radieuse résultant d’un discernement holistique et continu. A cet effet, je salue la mémoire de nos aînés qui ont discerné et té- moigné de la vision incarnée du missionnaire-disciple et pour qui les sou- venirs de régionalité et de fraternité exhalent encore le sentiment de fierté et d’espérance. Heureux êtes-vous, pour avoir entraîné d’autres jeunes dans cette vision répondant, eux aussi, au même appel du Christ. “Vieillissants, vous fructifiez encore… parabéns !”

Dans le passé lointain, les vocations missionnaires venaient de la région du monde occidental. Ce fut l’époque de revendication de la tradition chrétienne. Après, il y eut une remarquable diminution des vocations missionnaires et aujourd’hui nous observons une espèce de froideur et de désintéressement vis-à-vis de la foi catholique. Alors que dans un passé récent, la région du monde africain a commencé à vivre son âge d’éclosion missionnaire. En Afrique, il y a encore un enthousiasme vis-à-vis de la foi catholique. Mais une question mérite tout de même d’être posée ; combien de temps cette expression missionnaire enthousiasmée va t-elle durer ? Cela prendra certainement quelques temps encore avant que ne commence le refroidissement vis-à-vis de la foi catholique et la diminution des vocations missionnaires comme ailleurs. Les signes précurseurs sont en train de changer la donne avec l’avènement des mouvements pentecôtistes, des Églises de ‘réveil’, de certaines religions orientales (avec l’arrivée des Chinois, Indo-Pakistanais, etc.), des sociétés secrètes qui recrutent beaucoup parmi les jeunes africains, vu aussi les perspectives de stabilité et de croissance macro-économique à l’horizon plus ou loin lointain, etc. Cet avènement est en train de provoquer un choc culturel mais nous devons nous attendre à d’autres bouleversements mineurs ou majeurs dans un avenir plus ou moins lointain avant de commencer à enregistrer la baisse des vocations missionnaires. Rien n’est statique rappelons-nous. Considérant les changements à l’horizon et s’inscrivant dans la vision d’une mission incarnée, nous pouvons sérieusement envisager partout où nous sommes implantés des mouvements de “laïcs amis des missionnaires d’Afrique”, aussi bien au niveau local qu’international. Nous pouvons aussi envisager, dans un futur plus ou moins proche, l’implantation des communautés d’animation missionnaire dans d’autres régions du monde, par exemple, à Madagascar, en Corée du Sud, en Indonésie, etc. Le modèle indien qui a été un investissement à long terme et tout récemment le modèle brésilien sont en train de porter leurs fruits, sans oublier à chaque région sa réalité et sa particularité !

Raphaël Muteba Ndjibu, M.Afr.

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