Notre rosaire est-il un objet d’ornement, de beauté, ou est-ce un instrument de prière ? Depuis le jour que Je l’ai reçu, combien de fois l’ai-je utilisé pour prier ?
Où est mon rosaire ? Où est ma gandoura ? Je n’ai plus de gandoura, je vais m’en faire faire une autre. Et le rosaire ? C’est pour quand ?
Dès les origines de notre Société des Missionnaires d’Afrique, notre fondateur, le cardinal Charles Lavigerie, a consacré ladite société à Marie Notre-Dame d’Afrique. Et pour manifester et pérenniser cette consécration, le rosaire que nous portons, sinon que doit porter chaque missionnaire d’Afrique, a vu le jour. Comme l’on dit que derrière chaque grand homme se cache une femme, derrière tout homme qui réussit dans sa vie, il y a une femme qui le soutient. De même peut-on dire, avec conviction, que le cardinal Lavigerie, avait bel et bien découvert que derrière toute congrégation ou société apostolique qui vit la mission de l’Eglise, il doit y avoir la Vierge Marie qui soutient ses membres et les guide dans la mission au service de son Fils. En dédiant la Société des Missionnaires d’Afrique à la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, notre fondateur ne s’était nullement trompé.
C’est aller a l’encontre de la volonté du cardinal Lavigerie, que de penser vivre et faire fructifier la mission sans la présence de Marie, Notre-Dame d’Afrique, ou en négligeant et en ne donnant pas à Marie, Notre-Dame d’Afrique la place qui lui revient dans la vie missionnaire.
Voilà pourquoi, en ce temps où nous parlons de la revitalisation de notre identité de missionnaire d’Afrique, il serait inimaginable de parler de notre identité sans toutefois parler de la place de Marie, Notre-Dame d’Afrique, sans se poser la question : Qui est Marie, Notre- Dame d’Afrique, pour moi personnellement, comme missionnaire d’Afrique ? et Qui est–elle pour notre Société dans son ensemble ?
Sans aucun doute, la Vierge Marie est et restera le chemin par excellence pour atteindre Jésus. Car, je le crois, nulle autre personne ne connaît ou ne connaîtra Jésus-Christ plus que la Vierge Marie. Aussi, nulle autre personne n’aura une expérience intime avec Jésus-Christ qui dépasse celle que Marie a eue avec son Fils Jésus, le Christ. C’est pour cette raison que, pour bien suivre et servir le Christ, tout disciple et missionnaire digne de ce nom devrait passer par l’école de la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique. Et ceci, notre fondateur l’avait bien remarqué dès la fondation de notre Société. Qu’en est-il donc aujourd’hui ? Où en sommes-nous ? Dans nos vies, où est la Vierge Marie ? A-t-elle encore une place dans ma vie missionnaire personnelle et communautaire ?
Mon expérience personnelle
Mon expérience personnelle m’a emmené à la conviction selon laquelle la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, écoute, intercède et précipite ma prière (fait que mes demandes à son fils se réalisent vite). Et je me sens vraiment soutenu par elle dans ma vie missionnaire. Serait-ce parce qu’un jour, avant même de commencer à penser aux Missionnaires d’Afrique, je lui avais demandé, en me prosternant devant sa statue ‘Sainte Vierge Marie obtient-moi la grâce d’être un jour totalement au service de ton Fils Jésus Christ’. Et voilà qu’en arrivant au noviciat, parmi les insignes missionnaires d’Afrique que l’on nous avait donnés, je trouve qu’il y a le rosaire. Dès ce jour-là, le rosaire qui renvoie à la Vierge Marie, a trouvé une importante place dans ma vie de Missionnaire d’Afrique, de telle manière que, si une fois j’oublie de le porter pour la messe, je sens qu’il y a quelque chose qui manque.
La place de Notre-Dame d’Afrique dans ma vie personnelle comme dans celle de notre Société en général, ne doit pas et ne devrait pas être optionnelle, c’est-à-dire que ceux qui se sentent avoir la dévotion mariale, donnent une place important à la Vierge Marie dans leur vie, et que ceux qui n’ont pas cette dévotion, laissent la Vierge Marie tranquille, là où elle est ! Mais ceci, ce serait se tromper lamentablement, et aller à l’encontre de la volonté de notre fondateur. La place de Notre-Dame d’Afrique dans notre Société est plus qu’une question de dévotion, personnelle ou communautaire : Marie assure et rassure la présence du Christ là où son absence se fait sentir. Alors dans la mission, quand le sentiment d’être abandonné par Jésus nous gagne le cœur, tournons-nous vers Marie, Notre-Dame d’Afrique.
Il y a beaucoup à apprendre en ce qui concerne Jésus-Christ, surtout en ce qui concerne comment le suivre et comment le servir, que l’on ne peut réaliser qu’en passant par la Vierge Marie. Marie nous fait savoir ce que son fils attend de celui qui va à sa suite.
Qui se rappelle ce petit livret ? Quand était-ce la dernière fois que je l’ai utilisé ? Ce livret a-t-il été fait seulement pour une certaine époque de la vie de notre Société ? Je ne pense pas.
Rappelons-nous donc l’importance de ce petit livret de prières mariales pour les Missionnaires d’Afrique. Où est-il passé ce livret ? Certainement, on peut encore en trouver dans certaines bibliothèques de nos maisons de formations ! Mais dans certaines communautés, c’est déjà déclassé. Car, il n’est plus à la mode, dit-on.
La place de Marie, Notre-Dame d’Afrique, est devenue, dans notre temps, une affaire personnelle. Raison pour laquelle, les fêtes qui en découlent sont souvent oubliées, méconnues ou rarement commémorées ou seulement mentionnées dans nos communautés.
Mon souci constant me conduit à dire que les fêtes qui concernent la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, et celles qui concernent notre Fondateur, le cardinal Lavigerie, n’ont d’importance que dans nos maisons de formation. Quelle en est la raison ? N’attendez pas de moi la réponse. C’est un questionnement qui surgit en moi souvent.
Je n’ai pas siégé parmi ceux qui voient tout en noir, même quand il y a la lumière. J’aimerais cependant signaler que, dans certaines de nos communautés M. Afr., comme ici au Niger, la prière de l’angélus est chaque fois dite après la prière du milieu du jour ; le chant Sancta Maria, pour lequel la Société manifeste une grande fidélité, couronne toujours nos rencontres et/ou célébrations en tant que missionnaires d’Afrique.
Prière du rosaire, dans notre paroisse Saint-Vincent de Paul, à Konni (Niger)
Au niveau de nos paroisses, le mois du rosaire est toujours bien animé par les chrétiens, avec ou sans la présence du clergé. Il y a des prêtres, pour ne pas dire certains de nos confrères, qui considèrent – et ils en sont convaincus – que ce temps de prière avec la Vierge Marie est une affaire des fidèles laïcs seulement. Alors on entend des expressions comme quoi :’c’est une affaire de dévotion’ ou encore ‘Je ne suis pas aumônier du mouvement marial’.
De ceci, encore un fois, une question surgit avec force : « quand le cardinal Lavigerie a mis notre Société sous le patronage de Notre-Dame d’Afrique, était-ce une question de dévotion de sa part ? Ou était-il lui-même aumônier d’un mouvement marial ? N’avait-il pas vu quelque chose de plus grand, de plus profond et de vital dans l’acte de consécration de toute la Société à la Vierge Marie, Notre-Dame Afrique ? Encore une fois, ne cherchez pas les réponses à ces questions dans cet article. Les réponses à ces questions se trouvent plutôt en vous.
Selon que l’on a côtoyé, que l’on se laisse accompagner et instruire par Marie, on découvre petit à petit qu’elle est vraiment avec nous dans la mission. Elle vit la mission avec nous. C’est la raison pour laquelle, par exemple, dans notre milieu de mission, milieu fortement musulman, en plus d’être Notre-Dame d’Afrique, la Vierge Marie est considérée comme Notre-Dame du dialogue.
Oui, nous croyons que Notre-Dame d’Afrique nous accompagne bel et bien dans toutes nos rencontres avec nos frères et sœurs d’autres religions. Est-ce ici une question de dévotion seulement ? Je ne pense pas. Car Marie étant modèle de patience et de fidélité, nous enseigne justement que la patience et la fidélité ne doivent pas manquer dans la vie d’un missionnaire, surtout chez ceux et celles qui s’engagent dans le dialogue interreligieux : la patience et la fidélité doivent être leurs chevaux de bataille. Ces deux vertus, Marie en est l’exemple par excellence, elle qui était avec Jésus partout, en tout temps et en toute circonstance.
Loin d’être laissé aux initiatives et dévotions personnelles, la place de Marie, Notre- Dame d’Afrique, devrait être reconsidérée dans plusieurs de nos communautés et lieux de mission, et pourquoi pas au niveau de toute la Société selon que notre fondateur, le cardinal Lavigerie l’a bien voulu dès les origines de notre Société des Missionnaires d’Afrique.
Comme Jésus l’a dit à Marie et à Jean, debouts devant la croix : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 25-27). Ainsi notre fondateur le dit aujourd’hui, je le crois, à Marie : « Voici tes fils missionnaires d’Afrique » et aux fils missionnaires d’Afrique « voici votre Mère ».
Par: Pierre Cebuluzi, M.Afr.