Chers frères et sœurs dans le Christ, l’évangile de Matthieu nous conduit aujourd’hui au cœur de notre identité. Après avoir entendu les Béatitudes, nous voyons maintenant Jésus regarder ses disciples, nous regarder nous, et dire : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ».
Remarquez que Jésus ne dit pas : « Essayez de devenir sel », ou « Un jour, si vous travaillez assez dur, vous pourrez être lumière ». Il parle au présent. Il décrit notre nature fondamentale en tant que disciples du Christ. Mais ces deux métaphores, le sel et la lumière, renferment une vérité profonde sur la vie chrétienne : elles ne sont jamais faites pour elles-mêmes.
Le but du sel et de la lumière
Considérez le sel. Le sel n’existe pas pour s’assaisonner lui-même. Si vous avez un bol de sel posé seul sur une table, il est inutile. Son but entier est d’être répandu, d’être frotté dans la viande pour la préserver, ou mélangé dans une marmite pour donner de la saveur. De même, une lampe ne brille pas pour contempler sa propre lueur. Elle brille pour illuminer la pièce, révéler le chemin, et éviter que les autres ne trébuchent dans les ténèbres.
Nos vies chrétiennes sont régies par cette même logique du don de soi. Nous n’avons pas reçu le don de la foi simplement pour nous sentir « sauvés » ou « confortables » dans nos petites bulles privées. Nous avons reçu l’Esprit Saint pour avoir un impact sur tout ce que nous touchons. Quand le sel touche la nourriture, la nourriture change. Quand la lumière entre dans une pièce, les ténèbres s’enfuient. Si nous prétendons être chrétiens mais que le monde autour de nous reste inchangé par notre présence, nous devons nous demander si nous avons perdu notre « saveur ».
Donneurs de vie dans une culture de mort
Dans la première lecture d’Isaïe, on nous donne une feuille de route pour être ce sel et cette lumière, et pas par des miracles spectaculaires ou des proclamations bruyantes. Isaïe nous dit : « Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement… Alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres ».
Voilà l’appel à être des donneurs de vie. Dans un monde qui souvent semble froid et indifférent, nous sommes appelés à insuffler la vie dans nos familles, nos lieux de travail et nos communautés.
Cependant, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous devons admettre que nous faisons souvent le contraire. Parfois, au lieu d’être des donneurs de vie, nous devenons des preneurs de vie. Nous n’avons pas besoin d’une arme pour tuer quelqu’un ; nous pouvons laisser les autres « à moitié morts » ou complètement vidés de leur esprit par nos paroles et nos actions.
- Nous prenons la vie quand nous utilisons notre langue pour médire et détruire la réputation d’un confrère, d’une sœur ou d’un frère.
- Nous prenons la vie quand nous refusons le pardon et laissons l’amertume empoisonner une relation dans notre communauté et notre famille.
- Nous prenons la vie par notre indifférence, détournant le regard quand un confrère, un frère, une sœur souffre, parce que nous estimons que cela « ne nous regarde pas ».
Lorsque nous agissons par égoïsme, orgueil ou colère, nous cessons d’être le sel de la terre. Nous devenons comme ce sel dont Jésus nous met en garde : du sel qui a perdu sa saveur et qui n’est bon qu’à être jeté et piétiné.
Sainte Joséphine Bakhita est un témoin puissant de ce que signifie être « sel et lumière ». Malgré les horreurs de l’esclavage et des sévices physiques extrêmes, elle n’a pas laissé l’amertume éteindre son esprit. En découvrant Dieu, elle a choisi de devenir une donneuse de vie plutôt qu’une victime de la vengeance, déclarant même qu’elle remercierait ses geôliers pour l’avoir involontairement conduite au Christ. Sa vie démontre comment, par la grâce divine, même les expériences les plus douloureuses et « amères » peuvent être transformées en une lumière qui offre espérance et sens aux autres.
Le défi du monde moderne
Alors que nous regardons le monde en cette année 2026, le défi semble plus redoutable que jamais. Nous vivons dans une culture mondiale qui propose de plus en plus l’égoïsme au détriment du souci du prochain. Nous voyons un monde fracturé par des conflits persistants et les rumeurs dévastatrices de guerre. Nous voyons le fléau de la drogue détruire notre jeunesse, la pourriture de la corruption affaiblir nos institutions, et un sentiment général d’impuissance qui pousse beaucoup à perdre la foi et le sens de leur vie.
Face à une telle obscurité, nous pouvons nous sentir petits. Nous pouvons demander : « Comment ma petite lumière peut-elle faire une différence face à de telles ténèbres écrasantes » ? Il est facile de devenir cynique et de se replier sur soi-même.
La nécessité de la grâce divine
C’est ici que nous devons embrasser une vérité difficile, mais libératrice : nous ne pouvons pas être le sel de la terre et la lumière du monde par nous-mêmes. Si nous essayons de transformer le monde par notre seule volonté, nous allons nous épuiser. Si nous essayons d’être « de bonnes personnes » uniquement par nos propres forces, nous finirons par devenir aigris ou épuisés. L’évangile de saint Jean donne la clé essentielle : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
Pour être sel et lumière, nous devons apprendre à dépendre uniquement de la grâce de Dieu. La grâce est « l’électricité » qui permet à l’ampoule de briller ; la grâce est la « saveur » qui rend au sel son pouvoir de saler. Nous ne sommes que les conducteurs par lesquels cette grâce s’écoule.
Quand nous prions, quand nous recevons l’eucharistie, et quand nous nous asseyons en silence devant le Seigneur, nous nous « rechargeons ». Nous demandons à Dieu de déverser sa vie en nous pour qu’elle déborde sur les autres. Nous avons besoin de son aide pour aimer les personnes odieuses, pour être honnêtes dans un environnement corrompu, et pour garder l’espérance vivante quand tout le monde abandonne.
Redonner saveur et sens
Il y a des gens dans votre vie, en ce moment, peut-être un confrère, un collègue, un voisin, ou même la personne assise sur le banc à côté de vous, qui perdent leur emprise sur la foi. Ils peinent à trouver un sens à leur souffrance ou à leur labeur quotidien.
Dieu veut utiliser votre sel pour donner du goût à leur vie. Il veut utiliser votre lumière pour leur montrer qu’ils sont aimés, et pas oubliés. Mais cela n’arrive que lorsque nous arrêtons de vivre pour nous-mêmes et que nous commençons à vivre pour Lui.
Alors que nous nous approchons de l’autel aujourd’hui, confessons les moments où nous avons été des « preneurs de vie ». Demandons au Seigneur de renouveler la saveur de notre foi.
Prions :
Seigneur, je ne peux pas faire cela seul. Je suis faible, mais ta grâce me suffit. Brille à travers mes yeux, parle à travers mes paroles, et agis à travers mes mains. Fais de moi un sel qui préserve ce qui est bon et une lumière qui conduit les autres à toi.
Quand nous dépendons de lui, notre lumière ne sera pas seulement une lueur ; elle sera un phare. Et le monde, voyant nos bonnes œuvres, ne nous louera pas, mais il rendra gloire à notre Père qui est aux cieux.
Amen.
Par: Leonard Katulushi, M.Afr.