Leo Missinne 1927 – 2017 (PE n° 1083)

Leo est né le 6 novembre 1927 à Kortemark, en Flandre occidentale. Il fait ses humanités classiques au Petit séminaire de Roeselare, où il est actif dans la KSA (Action Catholique Estudiantine). Un de ses frères est missionnaire de Scheut. En septembre 1948 il entre chez les Pères Blancs à Boechout. Après son noviciat à Varsenare, il fait ses études de théologie à Heverlee, où il prononce son serment missionnaire le 19 juillet 1952 et est ordonné prêtre le 5 avril 1953. Ses professeurs disent de Leo qu’il est d’un naturel bon et délicat, dévoué et fervent. Il a un tempérament nerveux et sentimental ; il est fort sensible et quelque peu timide ; il a besoin d’affection, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un esprit personnel et critique ; certains se demandent si sa soumission intérieure est aussi totale que son obéissance parfaite à l’extérieur. Il est cultivé et il aime l’étude. En 1957 il obtient une licence en psychologie et sciences pédagogiques à l’Université de Louvain, avec une thèse sur le pédagogue français Joseph Jacotot. Pendant les vacances Leo s’engage avec ‘Eglise en détresse’ dans les camps de réfugiés à Berlin et Hambourg où il devient le bras droit du fameux père au lard, Werenfried Van Straaten. La misère le touche profondément. Une longue interview de Leo sur la situation à Berlin à Noël 1955 paraît dans ‘De Standaard’…

Le 4 novembre 1957, il prend l’avion pour Bukavu. Pendant deux ans il enseigne à l’école normale de Bobandana (Goma). Dans ses lettres il exprime le désir de poursuivre ses études, mais ses supérieurs n’en voient pas l’utilité. Leo se sent incompris. De 1959 à 1960 il travaille à Nyakariba et Masisi; en septembre 1960 il est nommé à l’école normale de Jomba. Entretemps il fait des recherches, comme par exemple sur l’éducation dans le vieux royaume du Congo et sur la vieillesse dans la culture Bakongo. Les difficultés qui suivent l’indépendance l’obligent début 1961 de quitter le Congo. Il retourne à la Rue Vital Decoster à Louvain, où en 1964 il soutient sa thèse de doctorat sur Joseph Jacotot et sa méthode de l’Enseignement Universel. Le 1er juillet 1965 Leo repart au Congo à l’Université Lovanium à Kinshasa. En 1968 il est doyen de la faculté de Pédagogie et de Psychologie. Ces années difficiles voyaient éclater des émeutes sur le campus. Lui-même est pris en otage par les troupes rebelles à Kisangani, où il supervisait les examens universitaires. En 1971 il quitte le Congo.

En guise d’année sabbatique Leo part aux États-Unis, à l’University of Nebraska à Omaha, une université d’Etat, où il est le premier et seul prêtre enseignant. Il collabore avec la paroisse et devient directeur spirituel des Sisters of Saint Mary. Kinshasa ne réagit pas à sa question d’un retour éventuel.

C’est aux États-Unis que commence la période la plus féconde de sa vie. A partir de 1971 jusqu’en 1993, il est à Omaha la cheville ouvrière du nouveau département de gérontologie, où l’on étudie les aspects psychologiques, sociaux et biologiques du vieillissement. Leo devient un spécialiste de renom. Il est Visiting professor à l’University of Southern California et donne cours et sessions dans les universités de par le monde (Chine, Japon, Canada, France, Pays-Bas, Belgique…). Il analyse les problèmes qui accompagnent la vieillesse, entre autres le maintien de la santé mentale et spirituelle, l’évolution du sens de la vie et la souffrance inévitable, le difficile passage à la pension pour les prêtres… Il publie différents livres. ‘Vers une vieillesse pleine et heureuse’ sera traduit en plusieurs langues. Il fait paraître une centaine d’articles. Il a plus de 200 conférences et séminaires à son actif. Il recevra plusieurs distinctions internationales, notamment l’Excellence in Teaching Award de sa propre université en 1990.

En 1993 Leo atteint l’âge de l’éméritat et le 1er octobre 1993, revient définitivement en Belgique. Il devient directeur des Sœurs de Marie à Courtrai et aumônier de la maison de repos du Sacré-Cœur. Les premières années il continue à écrire et à donner quelques cours, même à l’étranger. Son agenda mentionne entre 1994 et 2006 quelque 230 conférences adressées à des prêtres, religieuses, résidents de maisons de repos, médecins et étudiants d’université … En 2003 il célèbre son jubilé d’or d’ordination sacerdotale. Au fil de toutes ces années il reste le directeur profondément croyant pour les sœurs et l’aumônier plein de patience et d’attention pour les nombreux résidents âgés ou malades. Le 11 avril 2014 l’université de Nebraska organise encore un colloque en son honneur…

Le 14 novembre, Leo quitte son bel appartement en ville et rejoint par la force des choses la maison de repos du Sacré-Cœur, à Courtrai. Son âge lui pèse de plus en plus. En 2015 il tient encore un journal intime qu’il a intitulé : ‘Quelques réflexions sur la fin de vie d’un Père Blanc qui se meurt.’ Souvent il a confié à ses visiteurs que s’il avait su ce que ‘vieillir’ représente réellement, il aurait écrit ses livres autrement… Surtout la solitude lui pèse, et le manque de tendresse et d’amour. ”J’ai écrit et enseigné tant de choses sur ce qu’on doit faire pour des personnes malades, vieilles ou mourantes. Quand je ME regarde maintenant, je constate que je réalise peu des choses que j’ai enseignées aux autres. Parfois j’ai honte’ (p.28). Leo est toutefois resté un homme reconnaissant, surtout du soutien et de la présence de sa famille, de ses amis et de quelques confrères. Une de ses dernières phrases : « Remercions Dieu en mon nom et en votre nom pour tout ce qu’il nous a donné. Comment sera mon réveil ?… » (p. 37) Le soir du 18 février 2017, Leo s’est éteint paisiblement. La liturgie des funérailles a eu lieu le 27 dans notre chapelle à Varsenare.

Jef Vleugels, M.Afr.

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