Depuis que j’ai commencé mon cheminement vocationnel chez les Missionnaires d’Afrique, j’ai toujours été touché par la place qu’occupe la vie communautaire et relationnelle dans tous nos lieux d’insertion. Elle a toujours été pour moi une source d’inspiration. Mon expérience personnelle dans les différentes communautés où je suis passé m’a permis de constater que vivre en communauté fait partie de l’identité même des Missionnaires d’Afrique. Réunis autour d’un objectif commun qu’est d’annoncer l’évangile nous formons une famille unie par la fraternité malgré nos diversités culturelles et nos origine différentes. Il s’agit d’un héritage spirituel et missionnaire que notre fondateur nous a transmis. Cet article se veut un partage de mon vécu quotidien de cet héritage missionnaire. Après avoir relevé les valeurs fondatrices de la vie communautaire telles que voulues par notre fondateur, je décris comment ces valeurs sont vécues dans ma communauté, sans oublier les défis que pose la vie communautaire. En conclusion, je propose quelques initiatives pour renforcer les liens fraternels dans nos communautés.
Les valeurs fondatrices de la vie communautaire selon notre fondateur
« Ma dernière recommandation, mes chers Fils, la plus importante : Restez unis, unis de cœur, unis de pensées. Formez véritablement une seule famille, ayez fortement, dans le sens chrétien et apostolique de ce mot, l’esprit de corps. » Cardinal Lavigerie. « Nous célébrons et partageons la vie manifestée dans le Verbe incarné lorsque nous formons une famille ayant entre nous des relations profondément humaines et évangéliques, aidant chacun à se sentir estimé et confirmé, supportant le fardeau et les faiblesses les uns des autres, sachant apprécier la riche diversité de nos personnalités, de nos cultures et de nos âges. » (Chapitre général de 1998)
Ces deux citations me permettent de dégager quelques valeurs fondatrices de la vie communautaire :
- Vivre sous le même toit et faire de nos communautés des lieux où il fait bon vivre en frères. Il s’agit d’une communauté de vie.
- Diversité culturelle : venant de plusieurs pays et cultures, chacun apporte quelque chose d’unique et d’irremplaçable. C’est une communauté internationale et interculturelle.
- La vie de prière : nous essayons de rythmer nos journées par des temps de prière communautaire. C’est une communauté de prière.
- Projet de vie communautaire : avoir un projet communautaire et pastoral qui tienne compte des capacités de chacun. C’est une communauté de travail.
- Partage et discernement : organiser des moments fixes pour échanger sur la vie communautaire et former ainsi une communauté de partage et de discernement.
- Ouverture et accueil : favoriser une attitude d’ouverture à l’autre et d’accueil chaleureux. C’est une communauté d’hospitalité
Comment ces valeurs sont-elles vécues dans ma communauté ?
Je suis actuellement à la paroisse Saint-Jean XXIII de Ouagadougou, au Burkina Faso. Dans notre communauté, la règle des trois (toujours, rarement deux, jamais un) est bien respectée, car nous sommes quatre confrères de nationalités et de cultures différentes.
Nos différences culturelles constituent pour nous une source d’enrichissement humain et spirituel. Qu’elles soient générationnelles ou liées à la personnalité, elles sont un avantage pour notre vie apostolique. Le fait que nous parlions plusieurs langues, que nous ayons eu des expériences missionnaires dans des lieux et à des époques différentes enrichit les fidèles, qui se sentent écoutés et valorisés. Nous cherchons aussi à mieux connaître la culture, le pays et les expériences missionnaires de chacun à travers des échanges formels et informels. Ainsi, notre vie communautaire reflète la richesse de nos diverses origines. Les dons que nous avons reçus ne sont pas une source d’orgueil pour critiquer les autres, mais plutôt une source de joie et de réussite commune.
Pour que notre mission porte du fruit, nous élaborons un projet communautaire et pastoral qui tient compte des compétences et des capacités de chacun. Nous avons nos rencontres hebdomadaires où nous partageons notre vécu personnel et communautaire, où nous programmons et évaluons nos activités. Ces moments sont aussi l’occasion de partager nos joies et nos peines, et de discerner ensemble pour le bien de la communauté.
Nous faisons en sorte que notre communauté soit un lieu où il fait bon vivre, où chacun se sent écouté et accueilli. C’est une tâche permanente, une responsabilité collective. Notre communauté est également un lieu de fête : nous célébrons ensemble les fêtes liturgiques, les anniversaires et d’autres événements marquants. Nous sommes ouverts à l’accueil des visiteurs, et nous rendons régulièrement visite à nos fidèles dans leurs familles.
La place de la prière dans la vie communautaire et relationnelle
Outre les prières communautaires, la prière personnelle et les récollections mensuelles nous aident à renforcer notre unité. Nous nous souvenons aussi de Jésus et de son grand désir d’unité, car le fondement de notre fraternité est notre attachement à lui : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Les défis de la vie communautaire : Individualisme et nouvelles technologies
Étant des êtres humains, nous ne sommes pas épargnés par le phénomène de l’individualisme qui ronge notre société. L’épanouissement personnel tend souvent à primer sur l’épanouissement communautaire. Pour y remédier, notre communauté bannit tout projet personnel qui échappe au discernement communautaire. Nous développons l’esprit de corps à travers trois types de partages lors de nos rencontres hebdomadaires : nous partageons ce qu’on possède (les biens matériels, un livre de lecture, …) ; nous partageons ce qu’on fait (travail, occupation, apostolat) et par-dessus tout, nous partageons ce qu’on est : joies, peines, souhaits, désir…
Mal utilisées, les nouvelles technologies peuvent favoriser le repli sur soi et nuire à la vie communautaire. Nous sommes conscients qu’avec un téléphone, on peut être proche de ceux qui sont loin, mais loin de ceux qui sont proches. Nous apprenons donc à les utiliser avec modération. Une plateforme communautaire est mise en place pour partager des nouvelles, surtout quand l’un de nous est en mission à l’extérieur.
Que faire pour renforcer les liens fraternels dans nos communautés ?
- Éviter les préjugés : cela passe par un effort pour mieux se connaître soi-même, son caractère, ses limites, ses qualités, et même les comportements qui peuvent irriter les autres. Ce travail personnel aide à mieux comprendre, apprécier et aimer l’autre.
- Vivre un équilibre entre les quatre dimensions de la vie missionnaire : prière, travail (apostolat), vie relationnelle et détente. Cela permet de former une communauté soudée, où les besoins collectifs priment sur les désirs personnels.
Si le monde entier aspire à l’unité, nous, les Missionnaires d’Afrique, que Dieu a choisis et consacrés par le serment, devons être les premiers à la réaliser ! C’est notre mission de montrer que l’unité est possible, que l’on peut vivre ensemble, heureux, entre tribus, cultures, nationalités, âges et personnalités différents.
Car la racine de tous les maux en communauté, c’est le manque d’unité.
Par: Innocent Habimana, M.Afr.