Sud-Soudan : une indépendance ratée (Africana n° 179 – 2018/06)

Sud-Soudan : une indépendance ratée

Sept ans après la déclaration d’indépendance, la situation au Sud-Soudan est catastrophique : le cas évident d’un pays en faillite. Peut-être que l’enthousiasme n’a pas pris en compte les lacunes endémiques affectant le pays, mais l’idéal a aussi été trahi et battu par ses dirigeants.

Le Sud-Soudan était en guerre avec le Nord depuis 1955, un an avant l’indépendance du protectorat anglo-égyptien du Soudan. Depuis lors, le Nord et le Sud sont en guerre avec une rupture de 10 ans, entre 1972 et 1982, lorsqu’une paix fragile régnait entre les belligérants. Lorsque le référendum a eu lieu en juin 2011, qui était un choix entre l’unité et l’indépendance, 98,83 % des Sud-Soudanais qui se sont rendus aux urnes ont voté avec enthousiasme en faveur de l’indépendance. Le Sud-Soudan est devenu le pays le plus jeune de la planète. L’abondance de pétrole et d’autres ressources naturelles permettait d’espérer un développement rapide et continu, ce qui n’a pas eu lieu.

Manifestants lors du référendum qui a conduit à l’indépendance du Sud-Soudan.

Un peu d’histoire

L’information antérieure au XVIIIe siècle se fonde avant tout sur les traditions orales selon lesquelles les peuples nilotiques (Dinka, Nuer, Shiluk…) sont entrés dans le territoire actuel du Sud vers le Xe siècle, tandis que les Azande y sont entrés vers le XVe siècle ; et plus tard, le peuple Avungara. Peu à peu, ces peuples se sont progressivement installés jusqu’à ce qu’ils occupent leurs territoires actuels. Chacun d’eux s’est organisé politiquement et socialement selon ses propres structures jusqu’à ce que, en 1899, le Royaume-Uni et l’Égypte abolissent leur indépendance, établissant le Protectorat anglo-égyptien au Soudan. Le protectorat, bien qu’unique, était administré comme des territoires différents : le Nord était musulman et arabophone, tandis que le Sud était animiste et encourageait l’usage de l’anglais.

Propagande électorale avant l’indépendance

En 1953, les Britanniques et les Égyptiens ont décidé de donner l’indépendance au Soudan en tant que pays unique. L’Égypte espérait qu’après l’indépendance, le Soudan formerait une fédération avec l’Égypte, sécurisant ainsi les eaux du Nil. L’indépendance unitaire, cependant, a bouleversé de nombreux habitants du Sud ; ils étaient particulièrement bouleversés par le fait que Khartoum définissait le pays comme arabe et musulman. Ainsi, à partir de 1955, un an avant l’indépendance, une guerre civile a commencé, qui a duré jusqu’en 1972. Un accord de paix a été conclu à l’époque, donnant au Sud un gouvernement autonome, mais la découverte d’un pétrole abondant dans le Sud a accentué le désir de contrôle de Khartoum. Son président, Yaafar al-Numeiry, a dissous l’autonomie du Sud et a introduit la Charía, ou loi islamique, dans tout le pays, bien que le Sud ait été exempté d’observer certains de ses préceptes, comme l’interdiction de boire de l’alcool. Cela a déclenché le traité de paix signé en 1972 et a déclenché la deuxième phase de la guerre d’indépendance.

Un nouvel accord de paix entre le Gouvernement soudanais et l’Armée populaire de libération du Sud-Soudan, signé en janvier 2005, a mis fin à un conflit qui durait depuis 40 ans. Cet accord rétablissait le gouvernement autonome du Sud-Soudan et prévoyait un référendum en 2011, au cours duquel le peuple du Sud-Soudan déciderait de l’unité du pays ou de l’indépendance du Sud-Soudan. Le choix de l’indépendance a été écrasant et, le 9 juillet 2011, le Sud-Soudan a été proclamé indépendant. Malgré l’acceptation de l’indépendance du Sud par le Soudan, les tensions et les escarmouches entre les deux pays se sont poursuivies pour des intérêts opposés.

Le pays

Le Sud-Soudan dispose de ressources naturelles considérables, en particulier le pétrole. Un rapport de la Banque mondiale indique que les recettes pétrolières auraient été suffisantes pour réduire la pauvreté dans le pays et améliorer les conditions de vie de sa population. Aujourd’hui, cependant, il ne fait pas seulement partie des pays les plus pauvres du monde, mais son économie traditionnelle est complètement détruite par le nouveau conflit intestinal qui touche le pays. Le Sud-Soudan pourrait avoir une population d’environ 12 millions d’habitants. Je dis « peut-être » parce que quelques millions de personnes ont été forcées de se réfugier dans les pays voisins. Nous y reviendrons plus tard. Par groupe ethnique, les Dinka sont la plus grande communauté, avec quelque trois millions de membres.

Bien que la constitution actuelle de 2011 reconnaisse toutes les « langues autochtones » comme langues nationales, elle considère l’anglais comme « la langue officielle de travail dans la République du Sud-Soudan, ainsi que la langue d’enseignement à tous les niveaux de l’éducation ». L’arabe yuba (langue pidgin ou macaroni) est une lingua franca utilisée avec l’anglais. Les langues autochtones les plus parlées sont le bari, le dinka, le luo, le murle, le nuer, le pojulu et le zande. De plus, 60 autres langues sont parlées dans tout le pays.

En août 2011, l’ambassadeur du Sud-Soudan au Kenya a déclaré que le swahili serait introduit au Sud-Soudan pour remplacer l’arabe, orientant ainsi le pays vers la Communauté de l’Afrique de l’Est au lieu du bloc arabe. En juillet 2017, le gouvernement du Sud-Soudan a demandé aux enseignants swahili de se joindre à la Tanzanie pour introduire le swahili dans les programmes scolaires du Sud-Soudan, préparant ainsi l’adoption du swahili comme langue officielle.

L’indépendance du Sud-Soudan n’a pas conduit à la réconciliation de ses habitants.

Ressources

La situation économique du pays au moment de l’indépendance (2011) était encourageante.
Mais c’était un État pauvre, avec une infrastructure de base et une population en grande partie analphabète. Selon la Banque mondiale, seulement 27 % de la population âgée de plus de 15 ans est alphabétisée : 40 % des hommes et 16 % des femmes. La mortalité infantile et maternelle est élevée. Seulement la moitié de la population a accès à l’eau potable et 80 % n’ont pas accès à des installations sanitaires.

Toutefois, le Sud-Soudan dispose d’une base suffisante pour réaliser des progrès économiques considérables. Bien que son économie repose principalement sur le pétrole, elle dispose également d’autres ressources naturelles : minerai de fer, cuivre, chrome, zinc, tungstène, mica, argent et or. Le Nil Blanc traverse le pays et beaucoup de ses affluents y ont leurs sources, avec la possibilité de produire de l’énergie hydroélectrique. Elle possède également deux parcs naturels : Bandingilo et Boma.

L’une des richesses du Sud-Soudan est le bétail.

Les moyens de subsistance de base sont l’agriculture familiale à faible production (78 % de la population) et le pâturage en bobines. Le coton, les arachides, le sorgho, le millet, le blé, la canne à sucre, le tapioca, les mangues, les papayes, les bananes, les patates douces et le sésame sont cultivés. Elle produit également de la gomme arabique. Bien que le Sud-Soudan dispose de vastes étendues de terres agricoles et de pâturages inutilisés, il importe actuellement des denrées alimentaires de l’Ouganda, du Kenya et du Nord Soudan. La pêche est jusqu’à 37 mille tonnes par an. Selon la Banque mondiale, le secteur agricole ne représente que 15 % du produit intérieur brut.

Le pétrole, par contre, serait son plus grand atout pour l’instant. Le Sud-Soudan est le pays le plus dépendant du pétrole au monde. Il s’agit de la quasi-totalité de ses exportations et d’environ 60 % de son produit intérieur brut.

Infrastructures

Aujourd’hui, le Sud-Soudan dispose d’une route asphaltée de 192 km reliant Yuba à l’Ouganda ; le reste des routes sont des routes de terre. Elle compte également 248 km de voies ferrées à voie unique.

L’aéroport international de Yuba relie la capitale du Sud-Soudan avec Entebbe, Nairobi, Le Caire, Addis-Abeba et Khartoum. L’aéroport de Malakal est relié aux principales villes du pays.

Les communications téléphoniques sont réduites aux téléphones mobiles avec 2 853 000 connexions dans le pays. La presse compte sept quotidiens et un périodique. Quatre stations de radio et une station de télévision continuent de fonctionner, bien que la liberté d’expression soit très limitée.

Religion

Selon le recensement de 2011 et certaines études menées ultérieurement, entre 60 % et 70 % de la population professerait le christianisme. De ce nombre, 39,6 % sont catholiques ; 20,90 % sont des chrétiens non catholiques, appartenant à l’Église anglicane du Soudan, à l’Église copte et à plusieurs Églises protestantes. 6,20% professent l’Islam et le reste, soit environ 33%, professent les religions traditionnelles.

Le conflit et ses causes

Le conflit au Sud-Soudan a des composantes ethniques, mais ce n’est pas sa seule cause ; les ambitions politiques et l’accès aux richesses du pays, en particulier le pétrole, en font partie. Les nombreux accords de paix sont de courte durée sur le terrain.

A première vue, l’affrontement semble être un conflit ethnique, et c’est la version rapportée par les médias : Dinkas et Nuers, les deux tribus majoritaires, s’affrontent. Le chef de l’État, Salva Kiir, est Dinka, tandis que le vice-président de l’époque, Riek Machar, est Nuer ; leurs groupes ethniques respectifs les soutiennent dans le conflit. Cependant, l’explication réelle semble être plus complexe et, bien sûr, le contrôle du pouvoir et de la richesse du pays est, dans une large mesure, la raison de l’affrontement.

La corruption généralisée a rapidement été introduite dans le comportement des classes proches du pouvoir, au point que Salva Kiir les a accusés de détournement de 4 milliards de dollars. Peu après l’indépendance du Sud-Soudan, le ministre de la Culture, Jok Madut, a souligné plusieurs problèmes qui affligent le gouvernement : l’armée ne fonctionnait pas comme une force militaire disciplinée ; la société civile était gravement affaiblie ; la prestation de services du gouvernement était inadéquate, incapable d’assurer la sécurité et, finalement, l’unité politique s’est détériorée.

Le chef de l’Etat, Salva Kiir, a voulu remédier à la première de ces lacunes en essayant de réorganiser l’armée, mais sa tentative n’a pas été bien accueillie. Kiir avait laissé entendre que certains de ses rivaux essayaient de raviver de vieux désaccords. Pour les élections présidentielles de 2013, Riek Machar a annoncé sa candidature. Cela a conduit Salva Kiir à purger son gouvernement de la dissidence et, en juillet de la même année, à démettre Riek Machar et l’ensemble du cabinet de son poste de vice-président. Depuis lors, les tensions sont devenues apparentes et le style de gouvernement du chef de l’État est devenu autoritaire.

Le 15 décembre, sur ordre du général Paul Malong (l’homme de confiance du président), les soldats Dinka ont tenté de désarmer les soldats Nuer stationnés à Yuba. Ils ont résisté, mais la rébellion a été écrasée et les troupes affiliées au gouvernement, principalement Dinkas, ont tué autant de Nuer qu’ils ont pu trouver dans la ville de Yuba et ses environs. Le gouvernement Kiir a tenté de justifier le meurtre en disant que Machar et les soldats Nuer avaient planifié un coup d’état. Cette prétendue tentative de coup d’État a été rapportée dans la presse et acceptée par une grande partie de la communauté internationale.

Le résultat du massacre, qui pourrait faire plus de 6 000 victimes, a immédiatement conduit au soulèvement de tous les soldats nuer dans les différentes garnisons stationnées dans les provinces. Riek Machar, qui avait réussi à s’échapper, a pris la tête de la rébellion. Au fil du temps, d’autres groupes ethniques se sont dressés contre le monopole Dinka et le gouvernement Yuba, tandis que les soldats du gouvernement et les milices d’opposition massacraient ceux qu’ils considéraient comme des ennemis dans les villages. Des milliers de civils ont demandé l’asile au siège de l’ONU et dans les églises ; ceux qui pouvaient chercher refuge dans les pays voisins. Cette situation chaotique a affaibli le gouvernement et rendu plus difficile un dialogue possible pour la paix.

Riek Machar (à gauche) et Salva Kirr représentent les deux factions en guerre.

Cependant, le 17 août 2015, sous la pression de l’ONU et des Etats-Unis, qui continuent de considérer le régime en place comme légitime et Riak Machar comme coupable, un accord de paix a été signé entre les parties. Riek Machar, qui craignait pour sa vie, a demandé des assurances pour retourner à Yuba, où il était sur le point d’être tué le 8 juillet 2016. Fuyant à pied, il s’est réfugié en RD du Congo et a finalement été arrêté à Addis-Abeba, où il était venu dans l’espoir de trouver le soutien de l’Union africaine, qui y est basée. Depuis lors, il est assigné à résidence en Afrique du Sud, bien qu’il n’ait pas été jugé.

Contrairement aux attentes de la communauté internationale, qui a supposé que l’arrestation de Machar contribuerait à résoudre le conflit, la situation n’a fait qu’empirer. En décembre 2017, les différents groupes de candidats ont convenu d’une cessation des hostilités ; l’accord a été signé à Addis-Abeba le 23 décembre 2017 et devait entrer en vigueur le 24 décembre. Riek Machar, ancien vice-président et chef de la plus grande faction d’opposition, a ordonné à ses forces rebelles de cesser toutes les hostilités. Cependant, depuis la signature de ce pacte, le gouvernement et l’opposition n’ont cessé de s’accuser mutuellement de violations de l’accord.

Malgré tout, le président Kiir a lancé un processus de dialogue en mai 2018, dont la plupart sont ignorés par les candidats. Kiir a également annoncé des élections pour 2018, bien que l’Union africaine prévienne que dans les conditions actuelles de conflit, de telles élections seraient impraticables.

Les racines les plus profondes du conflit devraient se trouver dans les politiques coloniales du protectorat qui ont profité au Nord alors que le Sud restait sous-développé et sans éducation. Après l’indépendance, le Sud chrétien et animiste a continué d’être colonisé par le Nord musulman, avec plus de détermination lorsque le pétrole a été découvert dans le sud du pays.

The arms trade underpins the continuation of the war.

Le fait que le conflit soit motivé par des intérêts politiques et économiques est mis en évidence par le rôle primordial joué par le pétrole. Lorsque les combats ont commencé en décembre 2013, les combats ont été particulièrement violents dans les États pétroliers. Pour sa part, la communauté internationale n’ignore pas ces calculs. Le gouvernement du Sud-Soudan et les rebelles ont continué à s’armer sans embargo international sur les armes. L’intérêt pour le pétrole du Sud-Soudan de pays comme la Chine, la Russie et les États-Unis explique pourquoi il est si passif. La Russie et la Chine se sont montrées réticentes lorsque la possibilité de sanctions ou d’un embargo sur les armes a été mentionnée à l’ONU. Cinq pour cent des importations de pétrole de la Chine proviennent du Sud-Soudan, avec le gouvernement duquel elle a signé des accords de développement pétrolier bénéfique.

A cela s’ajoute le fait que les militaires du Sud-Soudan profitent des avantages du pétrole, malgré la famine dans le pays. Une organisation, qui se consacre à la traque de l’argent circulant autour des conflits armés et des crimes contre l’humanité, a montré comment un officier supérieur de l’armée du Sud-Soudan a 2,7 millions d’euros sur son compte personnel auprès de la Kenya Commercial Bank, un montant qui ne pourrait jamais s’expliquer par le salaire qu’il perçoit. Selon la même organisation, le Président et ses proches ont utilisé la compagnie pétrolière d’Etat, Nilepet, pour obtenir des fonds, en évitant les processus et les contrôles sur les dépenses militaires pendant le conflit civil. A tout cela s’ajoutent d’autres entreprises plus que douteuses.

Un des accords de paix qui a commencé par une prière.

Les violations des droits de l’homme et la corruption des hauts responsables de l’armée sont corroborées par l’article d’Alberto Rojas, publié dans le « El Mundo » le 25 août 2017.

Quel rôle joue l’ethnicité dans ce conflit ?

Il ne fait aucun doute que l’ethnicité joue un rôle dans ces affrontements. Au Sud-Soudan, l’appartenance ethnique est source de tensions et de divisions depuis longtemps : même pendant les longues années de lutte pour l’indépendance, le front de libération était divisé en factions ethniques : le Nuer, dirigé par Machar et le Shiluk, dirigé par Lam Akol, s’opposaient parfois l’un à l’autre au lieu de combattre l’armée du Nord. Ils en sont même venus à accepter les armes et l’aide économique du gouvernement de Khartoum, qui s’en servait pour affaiblir le mouvement politique et militaire de l’Armée populaire de libération du Soudan, dirigée par John Garang.

La guerre au Soudan a des composantes ethniques.

La trahison d’un grand idéal

Le conflit a causé plusieurs centaines de morts et près de trois millions de réfugiés et de personnes déplacées, ainsi qu’une grave famine dans tout le pays. Face à l’impuissance des pactes politiques, la société civile commence à exiger la fin de la guerre.

Le conflit, qui a commencé en août 2012 et qui se poursuit encore aujourd’hui, a provoqué 1 million 792 mille réfugiés dans les pays voisins et 2 millions de personnes déplacées dans le sud du Soudan, en plus de 5 millions de personnes en situation de grave insécurité alimentaire. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’Ouganda a été contraint d’accueillir 928 mille réfugiés du Sud-Soudan ; l’Éthiopie 320 mille ; la République démocratique du Congo 72 mille 300 ; le Soudan 400 mille ; le Kenya 70 mille et la République centrafricaine environ 2 mille. Le HCR estime qu’environ 60 mille Soudanais du Sud-Soudan fuient à l’étranger chaque mois.

Le nombre exact de victimes est inconnu, bien qu’il soit estimé à quelque 300 mille, la plupart pour cause de maladie et de famine, bien qu’environ 50 mille seraient victimes de combats et d’assassinats des deux côtés. Il faut ajouter à cela le viol indescriptible des femmes et le piétinement effréné des droits de l’homme.

Selon un rapport du HCR de 2016, lorsque les forces de Kiir et Machar sont entrées dans une localité « ennemie », elles ont systématiquement martyrisé des civils et violé des femmes.

Selon une commission des droits de l’homme de l’ONU, la violence dans certaines régions du pays équivaut à un processus de nettoyage ethnique.

Sur les quelque deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, 220 mille ont cherché refuge dans des camps de protection des Nations Unies au Sud-Soudan, protégés par la plupart des 12 mille personnes déplacées à l’intérieur du pays. Cela n’empêche pas les femmes d’être violées dans ces camps.

Les conflits et la sécheresse ont ajouté la famine à la souffrance de la population. Selon l’UNICEF, près de 5 millions de personnes dans tout le pays dépendent de l’aide alimentaire. Plus de 1,1 million d’enfants souffrent de malnutrition aiguë. La peur d’être attaqué empêche les familles d’aller à la ferme. En raison des pénuries alimentaires, l’inflation a atteint 800%, ce qui empêche les familles d’acheter de la nourriture.

Les Eglises, certaines organisations caritatives, comme l’International Mercy Corps, et les agences des Nations Unies (UNICEF, HCR, FAO et Programme alimentaire mondial) s’efforcent d’atténuer la situation catastrophique des populations du Sud-Soudan, mais les moyens à leur disposition sont clairement insuffisants. Les abus et les violations des droits de l’homme se perpétuent encore aujourd’hui.

Les enquêtes gouvernementales débouchent rarement sur des poursuites et des condamnations. Une cour martiale enquête sur les viols collectifs d’un groupe de soldats. L’issue de ce processus judiciaire reste à voir. Les enquêteurs de l’ONU affirment avoir identifié plus de 40 officiers de l’armée du Sud-Soudan soupçonnés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Il s’agit de huit lieutenants généraux et de gouverneurs de trois États.

Les troupes de l’ONU surveillent pour contrôler le conflit.

À la recherche de solutions

Il n’y a qu’une seule solution : la paix. Nous avons déjà mentionné les accords de « cessez-le-feu », qui ont été jusqu’à présent inefficaces. Un dialogue national plus fort et des pressions internationales vigoureuses et soutenues doivent être établis pour parvenir à une solution politique au conflit.

L’ONG PeaceTech Lab Africa mène une campagne pour éradiquer le langage haineux qui enflamme les réseaux sociaux sur Internet. Un rapport d’experts de l’ONU (novembre 2016) a averti que  » les membres de toutes les parties au conflit, y compris les hauts fonctionnaires du gouvernement, ont utilisé les réseaux sociaux pour exagérer les incidents, diffuser des mensonges et des menaces cachées ou afficher des messages d’incitation à la violence. Une grande partie de la propagande haineuse est générée dans la diaspora et se propage à travers les réseaux familiaux et personnels : un SMS ou un simple appel téléphonique.

Bon nombre de Sud-Soudanais sont convaincus qu’il est de leur responsabilité de trouver une solution au conflit qui les afflige. Le 12 mai 2017, un groupe d’étudiants de l’Université de Yuba et d’activistes, se faisant appeler la Nouvelle Société, a organisé des manifestations contre les politiques gouvernementales. Selon le secrétaire général du groupe, qui parlait depuis Nairobi, des dizaines de participants ont été arrêtés et sont portés disparus. Il a également dénoncé la torture, qui est inconstitutionnelle et mérite la condamnation de la société civile. Le journal pro-gouvernemental « The Down » a justifié les arrestations comme étant politiquement motivées. Théoriquement, le droit de manifester est garanti par la constitution du pays.

Les militants d’AnaTaban – « Je suis fatigué », en arabe – ont lancé Blood Shed Free2017, dans lequel ils utilisent des expressions artistiques telles que le hip-hop, la poésie et le graffiti, le théâtre participatif et les murales de rue pour mobiliser leurs compatriotes et promouvoir une culture de la paix. La campagne se déroule dans la rue et sur les réseaux sociaux. Ils veulent sensibiliser les jeunes et promouvoir le dialogue au lieu de la violence. Voici une partie du manifeste d’AnaTaban : « Nous en avons assez. Fatigué de la guerre et de toutes les souffrances qu’elle entraîne. Fatigué de rester assis pendant que notre pays brûle. Fatigué d’avoir un pays avec d’énormes ressources naturelles mais une économie effondrée. Nous en avons assez que notre précieuse diversité culturelle – 64 groupes ethniques – soit détruite par l’animosité tribale. Fatigué d’avoir une population qui meurt de faim, même si nous avons des terres fertiles. Nous sommes fatigués d’être utilisés pour nous entre-tuer au profit de quelques-uns.

Les conflits et le saccage rendent nécessaire l’aide extérieure.

Le manifeste ne saurait être plus explicite ou éloquent. Ils appellent à un cessez-le-feu permanent, à l’arrêt de la violence ethnique et à la fin de l’insécurité qui a transformé les routes en pièges meurtriers, ainsi qu’au respect des droits de l’homme et de la liberté de la presse, qui n’existe pas au Sud-Soudan. Ils insistent aussi pour être ceux qui règlent leurs différends :  » Si les Soudanais du Sud ne règlent pas leurs différends, personne ne le fera pour eux.

Plus précisément, quatre messages clairs sont envoyés à l’ensemble de la population, mais surtout aux jeunes :

  • Demandez pardon et accordez le pardon.
  • Régler les désaccords pacifiquement.
  • Acceptez la tolérance comme indispensable.
  • Chaque Sud-Soudanais a un rôle à jouer pour jeter les bases de la paix.

Contre la trahison d’un grand idéal et le désespoir qu’engendre la trahison, il y a ceux qui ne se résignent pas et qui sont encore capables d’attendre.

Bartolomé Burgos, M.Afr.
De « Africana » nr. 192, juin 2018 – M.Afr. Madrid
Traduction avec l’aide de www.Deepl.com

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