Frères et sœurs, en ce troisième dimanche du temps ordinaire, la Parole de Dieu nous place devant une exigence fondamentale de la vie chrétienne : la conversion au Christ, lumière du monde, et la communion ecclésiale qui en découle. La liturgie de ce jour est éclairée par la fête de la Conversion de saint Paul, figure exemplaire d’une foi transformée par la rencontre personnelle avec Jésus-Christ.
Le contexte historique et spirituel des textes est éclairant : le prophète Isaïe s’adresse à un peuple meurtri par la domination assyrienne. Les régions de Zabulon et de Nephtali, humiliées par l’histoire, deviennent le lieu d’une promesse divine : Dieu ne déserte jamais les zones blessées de l’humanité. Cette lumière annoncée préfigure la révélation plénière du Christ, « lumière des nations », comme le souligne la Constitution dogmatique du Concile Vatican II, Lumen gentium au n°1. Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, s’adresse à une Église divisée par des appartenances concurrentes. Il recentre la foi sur l’essentiel : le Christ crucifié. Comme le rappelle le Concile Vatican II (Ad gentes, n° 2), « l’Église tire son origine de la mission du Fils et de la mission de l’Esprit Saint », et non des stratégies humaines. Dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus inaugure sa mission en Galilée par un appel radical à la conversion : « Convertissez-vous ». Et Il appelle des disciples pour les associer à sa mission salvifique. Cette dynamique missionnaire demeure constitutive de l’Église, appelée à être « par nature missionnaire » (Ad gentes, n° 2).
Trois messages principaux se dégagent des lectures d’aujourd’hui : le premier message est celui de la lumière : Dieu intervient dans l’histoire pour libérer l’homme des ténèbres du péché et de la mort. C’est ce que soulignait le pape Benoît XVI quand il disait que « la foi chrétienne est d’abord une rencontre avec un évènement, avec une Personne … » (Deus caritas est, n° 1). Le second message est l’appel permanent à la conversion. Celle de saint Paul est le modèle qui nous est proposé aujourd’hui : elle est une transformation intérieure qui conduit à une mission universelle. C’est à cette conversion que le pape François invitait l’Église quand il disait que la conversion missionnaire engage toute l’Église à sortir d’elle-même pour annoncer l’évangile (Evangelii gaudium, n° 27). Le troisième message est l’exigence de l’unité. Crise, division et appel à la conversion sont les caractéristiques des textes d’aujourd’hui ; ils nous rappellent que les divisions blessent la crédibilité de l’annonce chrétienne. Je prépare une thèse sur les commentaires coraniques de commentateurs maliens ; la division des chrétiens y est très souvent évoquée comme signe de la fausseté de la foi chrétienne. On comprend alors l’urgence des paroles de saint Jean-Paul II qui nous rappelait que l’unité des chrétiens « n’est pas un accessoire, mais une condition pour que le monde croie » (Ut unum sint, n° 99).
Ces messages ont une portée actuelle pour notre temps et pour notre mission en Afrique. En effet, dans un contexte contemporain, marqué par la fragmentation sociale et idéologique à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église, celle-ci est appelée à être signe vivant de communion. C’est la nouvelle évangélisation qui actualise le mystère de l’incarnation et la rend tangible. L’observation du pape François mérite d’être soulignée ici : si les réseaux sociaux offrent de nouvelles possibilités d’évangélisation, celle-ci ne doit en aucun cas être réduite à une simple stratégie de communication (Evangelii gaudium, n° 34). Il s’agit pour l’Église d’être présente d’une présence qui transforme de l’intérieur le monde et toutes ses structures. Pour les missionnaires d’Afrique que nous sommes, l’enjeu est de témoigner d’un Christ vivant par une parole enracinée dans l’enseignement de l’Église et une vie cohérente. La mission ne peut être crédible sans une conversion personnelle permanente, comme le rappelle le Directoire pour la catéchèse (2020), au n° 5. Cette conversion personnelle permanente est la source vive d’une unité de l’Église dans la diversité des cultures et des sensibilités, un témoignage prophétique pour le monde. Comme l’affirme Lumen gentium n° 1, l’Église est appelée à être « signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».
En ce jour où nous célébrons la conversion de saint Paul, la Parole de Dieu nous invite à recentrer notre vie sur le Christ, à nous laisser convertir sans cesse et à construire la communion. Que les missionnaires, notamment dans l’espace numérique et dans les zones blessées de notre monde, soient des témoins fidèles de la lumière du Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Notre Dame d’Afrique, priez pour nous et veillez sur notre mission contemporaine ! Amen.
Par: Adrien Sawadogo, M.Afr.