Bruno Loiselle (1929 – 2018) (PE n°1092 – 2018/06)

Bruno est né le 30 novembre 1929 à Salaberry-de-Valleyfield, province de Québec. Il fait son école primaire à Valleyfield et ses études classiques au séminaire de la même ville. À l’âge de 12 ans, il devient scout. Toutes ses années de scoutisme qu’il apprécie beaucoup, le préparent, selon ses propres paroles, à une vie de service. Bruno pense déjà à une vie missionnaire en Afrique. En 1947, avec quelques amis, il participe à un Congrès marial à Ottawa. Ce séjour dans la capitale nationale lui donne l’occasion de visiter le scolasticat des Pères Blancs où il rencontre des étudiants Missionnaires d’Afrique portant la gandoura et le burnous.

Au printemps 1950, vient le temps pour Bruno de faire le choix d’une carrière ou d’une vocation missionnaire. Il est intéressé par des études à l’École polytechnique, mais la vocation missionnaire chez les Pères Blancs l’attire fortement. Hésitant entre ces deux choix de vie, il consulte son accompagnateur spirituel qui lui conseille de devenir Missionnaire d’Afrique, lui disant qu’il sera plus heureux dans cette vocation. C’est ainsi que Bruno demande son admission au noviciat St-Martin de Laval. Le 12 août 1950, il reçoit l’habit des Pères Blancs des mains de Monseigneur Durieux, alors Supérieur général des Missionnaires d’Afrique. Bruno va ensuite au scolasticat d’Eastview pour ses études de théologie. C’est là qu’il fait son serment le 18 juin 1954 et qu’il est ordonné prêtre le 29 janvier 1955.

Ce temps de formation chez les Missionnaires d’Afrique sont pour Bruno un temps de prière et d’études qui lui permettent d’atteindre une plus grande maturité, un temps de réflexion qui lui fait approfondir sa vocation missionnaire et augmente son désir de prendre la route de la mission en Afrique. Ses quatre années de théologie au scolasticat d’Ottawa sont aussi pour lui une occasion d’adaptation à un groupe d’étudiants de mentalités et de nationalités différentes. Comme Bruno l’écrit un jour : « J’ai apprécié mes années de formation dans une communauté internationale. Elles m’ont préparé à bien m’adapter plus tard à l’Afrique ».

Dans la vie communautaire, Bruno se montre un peu réservé et d’un tempérament nerveux. Cependant, il fait toujours preuve de dévouement et de générosité. Doté d’une volonté énergique, il accepte toutes les tâches qu’on lui demande et les exécute de son mieux. Il aime bien discuter avec ses confrères, tout en les taquinant et les faisant rire, ce qui met de la joie dans la communauté et lui gagne l’estime de tous. Très attaché à sa vocation missionnaire, il se distingue par sa piété, sa charité et ses qualités pour l’apostolat. Une remarque qui revient souvent sous la plume de ses supérieurs résume bien la personnalité du père Loiselle : « Bruno promet d’être un de ces missionnaires très précieux, dont les tâches sont toujours faites à temps et toujours bien accomplies, et cela par amour pour le Seigneur Jésus qu’il veut bien servir ».

Le 24 août 1955, le père Loiselle, accompagné de ses parents, se rend à Québec pour son départ, par bateau, pour l’Afrique. Huit jours plus tard, il arrive à Dorking, en Angleterre, pour y approfondir sa connaissance de l’anglais et s’initier aux coutumes britanniques. Le 10 décembre, ile atterrit à Entebbe en Ouganda pour atteindre ensuite sa destination finale, Mbarara. C’est dans ce diocèse que Bruno passera toute l’étape africaine de sa vie missionnaire. Il se met aussitôt à l’étude de la langue locale, le Rutoro. Après six mois, il se sent suffisamment à l’aise dans cette langue pour parcourir en motocyclette les succursales de brousse, visiter les écoles et administrer les sacrements. Il est alors nommé vicaire dans sa première paroisse, Butiti. Au cours des années suivantes, Bruno est respectivement vicaire ou curé dans diverses paroisses du diocèse de Mbarara. Dans une lettre au provincial du Canada, il fait part de son bonheur de se trouver en Afrique : « C’est en Ouganda que j’ai été nommé pour faire la mission, dans un climat merveilleux, dans un pays montagneux près du lac Victoria. Comme tous mes confrères Pères Blancs, j’ai commencé par du ministère en paroisse où je me suis mis à l’étude de la langue locale. Je me suis aussi occupé de nos écoles primaires. J’avais même créé ma petite menuiserie pour faire des bancs d’école. J’achetais des arbres dans la forêt que je faisais couper pour avoir des planches à bon marché ».

Le Père Loiselle est toujours disponible pour les diverses tâches que lui demande son évêque. C’est ainsi qu’il accepte de superviser les écoles primaires du diocèse et de fonder une nouvelle paroisse, la paroisse de Rubindi, qu’il nomme ‘paroisse Saint Joseph, en honneur à son père nommé Joseph’.

Connaissant la générosité de Bruno, son évêque lui demande ensuite d’assurer l’économat du diocèse et de veiller à la comptabilité des écoles secondaires. Bruno trouve ce genre de travail plutôt aride mais il l’accomplit avec tout le dévouement dont il est capable. En 1961, il est nommé, à sa grande surprise, professeur au petit séminaire de Kitabi où il enseigne les mathématiques et les sciences. Il doit, en plus de son travail d’enseignement et de formation, trouver l’argent nécessaire pour rénover les bâtiments du séminaire, acheter des livres de classe et agrandir la bibliothèque. Dans une lettre à sa famille, Bruno écrit : « J’ai mis tout mon cœur dans ce ministère d’enseignement et j’ai beaucoup aimé les confrères et les élèves du séminaire. J’ai été très heureux d’accompagner et former de futurs prêtres pour l’Ouganda. Malheureusement, le 8 novembre 1962, j’ai dû revenir hâtivement au Canada pour une question de santé ».

Après quelques mois de repos au Canada, il est autorisé à retourner en Ouganda. Il rejoint le séminaire de Kitabi, mais maintenant comme recteur. C’est une nomination qui, au début, lui donne le vertige car il ne pense pas avoir l’expérience suffisante pour occuper ce poste important. Très tôt, se retrouvant avec une bonne équipe de collaborateurs, il se lance avec courage et confiance dans cette responsabilité. Cependant, ne voulant pas exercer cette fonction de recteur trop longtemps, Bruno s’organise pour faire nommer trois prêtres africains comme professeurs afin d’avoir bientôt un successeur à la direction du séminaire. De plus, ce qui est remarquable, dans le but de développer un esprit positif parmi les séminaristes, Bruno compose aussi un petit livre intitulé « La vie quotidienne au séminaire de Kitabi » dans lequel il présente diverses formules pour améliorer la qualité des cours et des relations entre professeurs et étudiants au petit séminaire.

De 1968 à 1973, l’évêque de Mbarara fait encore appel à la générosité et aux compétences de Bruno et lui demande de fonder et diriger une école secondaire pour garçons à Bushenyi. St. Kagwa Bushenyi High School devient ainsi un pensionnat pour 250 étudiants. Durant ces cinq années, il est le seul Père Blanc au sein d’une équipe de coopérants laïcs. Ensemble, ils réussissent à mettre sur pied un programme d’enseignement qui donne d’excellents résultats académiques parmi les étudiants. Bon nombre d’entre eux feront plus tard des études supérieures dans des collèges ou à l’université.

En 1980, Bruno accepte d’ériger une autre école secondaire privée à Mbarara, l’École de vocations St-Joseph (St.Joseph Vocational School). Mais à cause de problèmes de santé, il doit abandonner la direction de cette école. Il accepte cependant de s’occuper de son agrandissement et de diverses constructions. Ses confrères Pères Blancs qui ont la responsabilité de cette école font un excellent travail. Quand on célèbre le jubilé d’argent de l’école en 2005, on fait remarquer à Bruno que plusieurs élèves sont devenus prêtres diocésains et quelques-uns Missionnaires d’Afrique.

En 1987, le père Loiselle est nommé curé de la paroisse de Kagamba et il y restera jusqu’en 1998, année où la paroisse passe aux mains du clergé diocésain. Bruno juge alors qu’il y a suffisamment de prêtres diocésains et, en accord avec son Supérieur régional, décide qu’il est temps pour lui de rentrer définitivement au Canada, après 42 ans vécus en Ouganda.

Au Canada, il fait du ministère pastoral : d’abord à Toronto (Notre-Dame de l’Assomption) pendant une année, puis dans le diocèse de Valleyfield, pendant deux ans. Des problèmes de santé l’obligent à donner sa démission et revenir à Montréal. Il est alors chargé de l’économat local dans notre communauté de St-Hubert à Montréal jusqu’en 2005. Il continue ensuite de rendre divers services à cette communauté. En 2013, alors qu’il est âgé de 84 ans, Bruno est nommé à la communauté de Sherbrooke. Il se sent faiblir et a besoin d’un milieu plus sécuritaire où il peut accéder plus facilement à des soins de santé appropriés. C’est ici que sa santé devient graduellement plus fragile ; en juillet 2017, il doit être emmené au Centre d’Hébergement d’Youville. C’est là qu’il décède le 24 avril 2018. La célébration des funérailles, en présence de la dépouille, a lieu le 5 mai, dans la chapelle des Missionnaires d’Afrique de Sherbrooke. Ses cendres sont ensuite déposées dans le lot des Pères Blancs au cimetière Saint-Antoine.

La vie missionnaire du P. Bruno Loiselle en Ouganda, en plus de quelques années passée dans l’économat et la comptabilité du diocèse, se déroule surtout dans l’enseignement, la formation des étudiants, et dans le ministère paroissial. Dans toutes les situations où il se trouve, Bruno a toujours le souci d’assurer un bel avenir aux jeunes. Il fait preuve d’initiative pour développer leurs talents. C’est ainsi qu’il leur enseigne divers métiers dans les domaines de la cordonnerie, la menuiserie, la couture et la construction.

En terminant, il est important de souligner ceci : le père Loiselle, que ce soit en Ouganda ou au Canada, a toujours donné le meilleur de lui-même dans une grande variété de ministères. Dans toutes ces activités, qu’il n’a pas toujours choisies, mais qu’il a toujours acceptées généreusement, Bruno a exprimé son engagement missionnaire et son sacerdoce à la suite du Christ Jésus. C’est lui, le Seigneur, qu’il a aimé et qu’il a voulu faire connaître à ceux et celles qu’il rencontrait.

Bruno a vraiment mis en pratique le conseil du Seigneur à ses disciples : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées ». Il a toujours été un missionnaire disponible, accueillant, prêt à rendre service et accepter les tâches qui lui étaient demandées. Comme le Seigneur Jésus à qui il a donné sa vie, il est venu pour servir. Il est l’exemple du serviteur selon le cœur de Dieu. Le Seigneur l’accueille maintenant à sa table dans son Royaume.

Michel Carbonneau, M.Afr.

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