En finir avec le « péché originel »? Exploration théologique et pastorale – Revue (PE n° 1089 – 2018/03)

Michel Salamolard, En finir avec le « péché originel »? Exploration théologique et pastorale, collection Petits traités, ISBN 978-2-87356-665-4, Fidélité, Namur, août 2015, 282 pages, 19.95 euros

Plus d’un d’entre nous sent le malaise de parler encore aujourd’hui du péché originel. A ceux-là, et aux autres aussi, je conseille de lire ce livre, même s’il a l’apparence d’une « brique ». Il nous ramène à l’essentiel de notre foi chrétienne, notre salut en Jésus Christ.

Dans un premier chapitre, l’auteur explique que la doctrine du « péché originel » n’est pas un dogme, mais une opinion théologique, celle de saint Augustin (5ème siècle) devenue traditionnelle dans l’Eglise romaine parce que reprise par différents conciles locaux – celui de Cartage (418) et le deuxième concile d’Orange (529) – jusqu’à rentrer dans le catéchisme de Trente. Jamais les Eglises d’Orient ni les autres Eglises chrétiennes n’ont adopté cette opinion théologique… L’Eglise d’Occident a aussi refusé d’autres éléments de la réflexion théologique d’Augustin comme sa doctrine de la prédestination (double prédestination au salut et à la damnation), le petit nombre de sauvés et le grand nombre de damnés, l’enfer pour tous les non-baptisés, y compris les nouveau-nés, la propagation du péché d’Adam par l’union charnelle de l’homme et de la femme, la liberté humaine entièrement captive du péché, etc. (p. 49).

Le péché originel ne fait pas partie de la révélation : pas la moindre allusion dans les évangiles. Jésus n’en parle jamais… moi non plus (sauf quand on m’a posé la question lors d’une session de renouveau à Jérusalem).

Une bonne partie du livre, celle qui m’a le plus intéressé, est consacrée au « dossier biblique » (p. 81-175) : une analyse serrée du texte de la Genèse et de l’épître aux Romains, car c’est en se référant à ces deux textes principalement qu’Augustin a élaboré son explication. Il a d’ailleurs ajouté lui-même qu’on était libre de suivre son opinion ou non, ce que reprend aussi l’auteur pour son propre livre…

En forme de boutade, on pourrait dire que le texte de Genèse 2-3 ne parle pas du péché originel, d’abord parce qu’il n’y a pas « péché » (la première fois que le texte emploie le mot ‘péché’, c’est en Genèse 4, pour qualifier l’acte de Caïn), ensuite qu’il n’est pas « originel ».

Un autre élément essentiel souligné par l’auteur est que la théorie d’Augustin est basée sur une erreur de traduction en latin du texte de Romains 5,12 : au lieu du texte grec (« A cause de cela, de même que par un seul humain le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et de cette manière la mort a passé à tous les hommes étant donné (eph’hoi) que tous ont péché… », Augustin a repris le texte latin où la conjonction grecque eph’hoi était comprise comme un relatif désignant Adam, ce qui donnait « … dans lequel (= Adam) tous ont péché » (in quo omnes peccaverunt). Pour Augustin donc, en Adam tous les hommes ont péché. Comment ? Augustin n’a pas pu l’expliquer : « les voies de Dieu sont impénétrables, disait Augustin, quand il était en panne d’explication » (p. 151).

Dans ce dossier biblique, l’auteur approfondit le sens profond du texte de Paul et, ce que j’ai apprécié, c’est qu’il lit Romains 5 à la lumière de l’expérience de vie de Paul. Dans ce même chapitre, l’auteur souligne comment la théorie du péché des anges est aussi à supprimer de nos catéchèses, car il n’est pas dans la révélation, mais vient d’écrits apocryphes.

L’Eglise catholique a déjà officiellement écarté l’opinion théologique des « limbes » de son enseignement officiel (p. 14.191-192 : étude de la Commission théologique internationale publiée en 2007 sur « l’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême »).

Le livre se termine par un essai théologique : comment parler du problème du mal et présenter le salut et le baptême sans parler du péché originel (qui est en fait une mauvaise explication pour ce problème du mal). Très bonne conclusion du livre !

J’omets de parler d’autres parties du livre : les antécédents de l’explication d’Augustin, le lien entre son expérience personnelle et ses écrits (repris dans la tradition populaire qui a gardé le lien entre sexualité et péché originel), l’évolution ultérieure et récente de cette théorie : concile Vatican I, concile Vatican II (qui a refusé d’en parler, alors qu’un texte avait été préparé à ce sujet), Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI. Même la déclaration « Dominus Jesus » (2000) traite du mystère central de la foi chrétienne, l’unicité et l’universalité du salut dans le Christ, sans rien dire du péché originel. « Cela prouve en tout cas une chose, écrit l’auteur : l’annonce du salut n’a pas besoin d’un quelconque « revers », qui serait le « péché originel », pour s’exprimer pleinement sur le sujet » (p. 184).

Guy Theunis, M.Afr.

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