Gaby Claerhout 1935 – 2017 (PE n° 1089 – 2018/03)

Gaby est né le 19 juillet 1935 à Pittem en Flandre occidentale dans une famille d’agriculteurs qui comptait huit enfants. Il suivit les humanités classiques au collège de Tielt. En septembre 1954, il entra chez les Pères Blancs à Boechout. Son oncle René travaillait au Congo belge de l’époque. Gaby est nommé au Canada. Un röntgen mal interprété l’empêche de quitter Varsenare et il ne rejoint Eastview que pour y faire les derniers jours de noviciat… Le 18 juin 1960 il y prononce son serment missionnaire et le 28 février 1961 il est ordonné prêtre. Ses formateurs voient en lui un élément de valeur, un homme de bon sens et de devoir. Il est plutôt manuel qu’intellectuel, équilibré, dévoué et délicat en communauté. Il est doué pour les langues et c’est un grand sportif. Il est pieux et sans prétention. Il désire travailler sous un évêque africain en Afrique anglophone « Ghana, Nyassaland ou Tanganyika ». Il est nommé en Ouganda.

En décembre 1961 Gaby est vicaire à Kalungu dans le diocèse de Masaka. Quelques mois plus tard nous le retrouvons à Villa Maria. Il s’y trouve plongé dans la «lutte scolaire», puisque aussi bien le gouvernement que les évêques revendiquent les écoles. En 1967, Gaby fait un intérim comme économe au ‘Bukalasa Seminary’ pour retourner ensuite à Kalungu. Le 17 février 1969, il est nommé curé à Bumangi sur les îles Sese dans le lac Victoria. Dans une lettre de janvier 1977, Gaby signale fièrement que toutes les communautés PB du diocèse sont devenues ‘mixed’, comprenant au moins un prêtre autochtone. En juin 1977 – le père Jack Thora est alors régional et le régime dictatorial d’Idi Amin sévit encore – son ‘entry permit’ n’est pas renouvelé, comme c’est le cas pour des dizaines d’autres missionnaires. « Le gouvernement est d’avis que mon travail peut être accompli par un africain », écrit-il. Et de continuer : « Après 16 ans de pastorale en Afrique, je me sens plus africain qu’européen et j’espère pouvoir encore regagner l’Afrique par la petite porte ».

Cette ‘petite porte’ sera le Tchad, où les Pères Blancs reprennent une première paroisse en décembre 1977. En accord avec Mgr Régis Belzille, canadien, Gaby rejoint Doguindi dans le diocèse de Moundou. Le père Dominique Nothomb, arrivé du Rwanda, fait partie de l’équipe et se charge du Centre catéchétique. En mai 1981 son père meurt, mais Gaby ne l’apprendra que trois semaines plus tard. Il n’y a d’ailleurs pas que la poste qui fonctionne mal, mais aussi les écoles. Le pays n’a pas de gouvernement et la Libye occupe le Nord du pays ainsi que la capitale. Le pays même est divisé. Dans ce contexte Gaby accueille le colonel Kamougué ex-vice-président du gouvernement Ouddeï, grièvement blessé et en fuite pour Hissène Habre. Après l’avoir soigné, Gaby l’aide à regagner le Nord-Cameroun. Suite à quoi Gaby est emprisonné à Moundou et transféré le 11 septembre1982 à N’Djaména. Pendant 26 jours il est enfermé dans un petit local avec une quarantaine d’autres prisonniers. « Nous partagions le même sol, la même nourriture et les mêmes bestioles ». Le 8 octobre, il est discrètement expulsé du pays via le Cameroun. Evêques et personnel, aussi bien de Moundou que de N’Djaména, l’avaient beaucoup aidé en ces jours difficiles. Walter Aelvoet témoigna : « Il a fait tout simplement son devoir de chrétien et de prêtre, en sauvant d’une mort certaine, un homme que hier encore, et pendant des années, tout le Sud du pays acclamait…».

Quoi de meilleur pour remettre Gaby en selle qu’une bonne session/retraite à Jérusalem ? De retour en Belgique, il aide quelques mois dans le Centre des Jeunes à Varsenare, mais début mai 1984 le voilà reparti, cette fois-ci pour le Burkina Faso, où il se met à l’étude du mooré, la langue des Mossi. Début 1986 il est nommé à Barsalogo, où il devient curé en juin 1988 et le restera pendant 27 ans. La paroisse comprend une cinquantaine de villages. Gaby attache une grande importance à la formation des responsables laïcs. Il est également chargé des projets de développement de tout le diocèse, pas seulement de l’aide d’urgence, souvent suite à la sécheresse, mais aussi de l’alphabétisation, de la santé, de la formation et des projets communautaires. Quelques problèmes de santé l’arrêtent provisoirement, une hanche cassée en 1996, quelques côtes cassées en 2010. Mais l’année se termine sur une note joyeuse : il est promu Chevalier de l’Ordre National. En septembre 2011, de retour de congé, l’évêque lui demande de préparer, à partir d’une succursale, la fondation d’une nouvelle paroisse : Dablo. Il continue à se faire soigner régulièrement d’un cancer de la peau, au visage et à l’oreille droite. La nouvelle paroisse compte une vingtaine de villages. Grâce à l’aide qu’il a trouvée, la paroisse est officiellement inaugurée en mars 2014. Entre-temps Gaby a été frappé d’une première attaque d’apoplexie et rapatrié en Belgique. Malgré son état branlant il retourne à Dablo en août 2014. Mais fin décembre une hanche fêlée l’oblige à rentrer définitivement.

De l’hôpital de Bruges, Gaby rejoint Avondrust à Varsenare. Nous sommes fin février 2015. De sa chaise roulante il supporte courageusement et avec le sourire son affaiblissement inexorable, essayant autant que possible de ne pas être à charge du personnel ou des confrères. L’Afrique reste au centre de sa prière et de ses intentions. Le samedi 2 décembre 2017, le vieux lutteur s’est définitivement incliné. « Dès la réception de la triste nouvelle, les cloches de toutes les églises de la paroisse de Dablo ont sonné le glas », écrit le curé, l’abbé Olivier Lompo. « Comme on dit chez nous, un baobab est tombé », ajoute Luc Kola, provincial de la PAO. Gaby est enterré en notre cimetière de Varsenare. Que l’infatigable travailleur repose maintenant en paix.

Jef Vleugels, M.Afr.

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