La pastorale des migrants en Afrique du Nord : un chantier missionnaire (PE n° 1082)

Peu de temps après mon arrivée à Ghardaïa en Algérie, étant donné ma familiarité avec l’Afrique de l’Ouest, anglophone et francophone, j’ai trouvé mon créneau dans la pastorale des migrants. Au début j’accueillais surtout des Libériens, Nigérians et Camerounais. Ils venaient surtout pour le paiement des ordonnances médicales et cherchaient des couvertures pour l’hiver (il fait froid au Sahara !) Mon expérience du Burkina Faso et du Niger, où je n’avais jamais pratiqué la distribution de peur de miner l’élan de générosité des communautés naissantes, me poussait, après une demie année à Ghardaïa, de mettre fin à ce genre de distribution.
Cela changeait mes relations avec les petites communautés de Camerounais, Nigérians et Libériens : au lieu d’attendre leurs visites de mendicité, j’allais  les trouver moi-même chez eux avec le coeur plein et parfois le ventre vide, acceptant sur place l’invitation au repas dans leurs foyers. Par ces visites aux foyers des migrants africains, par les enterrements de migrants chrétiens décédés dans la région, mon visage se familiarisait aussi avec les migrants maliens, burkinabé et guinéens, grâce aussi aux Soeurs Blanches et à l’économe diocésain, un ancien de la Guinée. Petit à petit je découvrais des petits groupes de chrétiens burkinabé et maliens. De fil en aiguille je sentais le besoin de pouvoir accueillr les migrants, chrétiens et non-chrétiens, les vendredis libres. Durant mes congés de 2014 et 2016 j’ai pu faire la visite de certaines familles de migrants au Niger, au Burkina Faso et au Mali. Toutes ces expériences vécues et recherchées m’ont amené à concevoir une pastorale de migrants que j’aimerais soumettre au jugement de l’Église au niveau diocésain et au niveau de la province de l’Afrique du Nord des missionnaires d’Afrique.

La pastorale en Algérie est particulière à cause de la sécurité nationale, la plupart des missionnaires étant étrangers. Une autre particularité de l’Église réside dans le fait que la présence publique des Églises est régie par des conventions sur les lieux de culte agréés, protégés et surveillés. La prudence est de mise. Mais ce serait dommage si les Églises devraient se cantonner dans les sacristies. L’expérience de plus de 4 ans de visites intensives dans les foyers des migrants africains m’ont appris qu’on peut rendre ces visites « agréables » aux yeux des autorités en les plaçant dans le cadre du service des enterrements aux cimetières des étrangers, confié aux « Pères ». Une visite à la morgue pour un enterrement ou une visite à un foyer de migrants pour préparer un service funèbre entre bien dans le cadre mental des forces de sécurité. Et de plus, en argumentant la suprématie du football hollandais, « ça passe » (presque) toujours. Petit à petit mon visage a fait partie du paysage. « Soyez naïfs comme les colombes et astucieux comme les serpents », disait Jésus. Ces visites aux migrants africains, chrétiens et non-chrétiens, sont devenus des exercices de naïveté et d’astuce. Si le renouvellement de mon permis de séjour avant l’hiver de cette année se fait sans difficulté, je saurai que ma naïveté et mon savoir-faire auront trouvé grâce auprès des autorités sécuritaires et administratives du pays.

Ce que je propose à l’Eglise diocésaine du sud de l’Algérie et à la province de l’Afrique du Nord des missionnaires d’Afrique, c’est de me donner la permission d’élaborer une pastorale des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest, dans le diocèse de Laghouat-Ghardaïa, basée sur mon expérience depuis 2012.

  1. Permettre aux missionnaires désignés de faire l’expérience des visites de migrants dans les foyers, les prisons et les morgues où ils se trouvent (mais avec prudence et bons conseils !). Reconnaître que l’exploration du domaine de la migration au-dedans de la paroisse, ailleurs dans le diocèse et ailleurs dans le pays doit faire partie d’un projet apostolique d’ensemble.
  2. Considérer que le migrant chrétien et les petits groupes de migrants chrétiens de même langue ou culture sont les premiers missionnaires dans les postes les plus avancés et que nous autres missionnaires, sommes au service de leur formation et équipement apostoliques.
  3. Profiter de la journée libre par semaine (en Algérie: le vendredi) pour inviter les migrants sur le terrain de la communauté M.Afr. ou le terrain de la paroisse, pour passer avec eux une partie de la journée en profitant de l’occasion pour faire une assemblée chrétienne avec les fidèles parmi eux et faire oeuvre de conscientisation, de formaton et d’information et d’établissement de contact avec les familles et les Églises du pays, avec tous, chrétiens et non-chrétiens. Ainsi la pastorale missionnaire des communautés embryonnaires, le dialogue entre chrétiens et non-chrétiens et « Justice et Paix » (conscientisation) vont de pair. Un simple repas avec les migrants ne dépasse pas 80 cents d’euro par personne !!!
  4. Etablir des liens de communication sociale et téléphonique avec les familles d’origine mais aussi les communautés catholiques au niveau le plus reculé et le plus enraciné (responsables laïcs de village et de quartier, catéchistes et clergé paroissial) et une ou deux visites ciblées par an aux diocèses d’origine des migrants chrétiens, sur invitation des pasteurs. En attendant je passe trois quarts de mes congés biennaux pour faire ces visites sur auto-invitation ! Duc in altum.
  5. A la longue les Églises d’origine des migrants chrétiens découvriront leur vocation missionnaire dans l’accompagnement des migrants originaires de leurs diocèses. Les missionnaires d’Afrique, surtout ceux de la P.A.O., découvriront peut-être eux aussi leur vocation missionnaire au Niger, au Mali et au Burkina Faso en encourageant les initiatives en faveur des migrants, chrétiens et non-chrétiens, au niveau du ras-le-sol.

 

 

 

 

Fr. Johan Miltenburg, M.Afr.

Laisser un commentaire