L’interculturalité pour un meilleur exercice de la mission (PE n°1079)

« Vie communautaire : L’interculturalité ». Comment la vivons-nous ? Notre charisme nous aide-t-il ? Comment vivre notre unité dans la diversité culturelle ?

« Dès le début, les communautés sont internationales. Durant la cérémonie de départ de la neuvième caravane le 29 juin 1890, le cardinal Lavigerie a affirmé clairement : « Mon ambition a été qu’en parlant de notre petite Société… on doit au moins dire qu’elle est catholique par excellence… J’ai déclaré que je ne garderai pas un membre qui ne partage pas un amour égal pour tous les membres de la Société, peu importe leurs origines »1. En 1928-1929, l’évêque Hinsley, le visiteur apostolique de Pie XI, a parcouru vingt-cinq mille kilomètres à travers les territoires britanniques de l’Est et de l’Ouest de l’Afrique.

Il a comparé l’état des différentes congrégations missionnaires en «Afrique de l’Ouest qui étaient assez nationalistes, vivaient seuls, et quelques-uns étaient devenus broussards, avec la sagesse de la vie (communautaire) internationale des Pères Blancs, des communautés de trois, et qu’après dix ans, ils retournaient à la Maison Mère pour un renouveau spirituel et physique ». (Frank Nolan : Le Charisme de notre Société – Perspective Historique Présentation à l’Assemblée Provinciale (EAP) en 2014 Kampala, Ouganda)

1. Un premier fondement : le Père Frank Nolan parle ici de charisme et du charisme des Missionnaires d’Afrique, de sa grâce vocationnelle. L’Internationalité, l’inter – culturalité, n’est pas une option à ajouter pour un meilleur exercice de la mission, mais au départ c’est affaire de grâce, dans la substance même du serment, quelque chose à développer pour tout PB dans l’exercice même de la mission.

2. Les mises à jour : comme dans la société civile, les institutions ont dû, en peu de temps, passer de la gouvernance monarchique à la gouvernance démocratique ; il fallait s’adapter et suivre le mouvement pour éviter de faire du sur-place et tomber dans la désuétude, comme pour toute entreprise. Nous sommes à l’ère du numérique et des ordinateurs. Les conciles sont des mises à jour de la foi de l’Église. Elles demandent une conversion, longue et difficile et rencontrent beaucoup de résistance. Les chapitres des congrégations religieuses et missionnaires ont aussi leurs mises à jour pour la foi de leurs membres. Elles aussi demandent conversion et rencontrent autant de résistance. L’interculturalité, à ce titre, demeure toujours un défi de taille. Dans le climat communautaire, les décisions à prendre ne fonctionnent plus simplement par décret de l’autorité. Il faut savoir profiter, par les temps qui courent, des talents mutuels, des compétences et des connaissances des autres à accueillir pour un meilleur exercice de la mission. Les décisions deviennent le fruit de la réflexion commune. Travail difficile et exigeant, mais bénéfique, chacun se sentant partie prenante de la marche de la communauté.

3. Dans le concret : il y a des confrontations, des conflits pour atteindre le dépassement désiré au rythme des mises à jour. Bel idéal s’il en est un. On ne peut pas facilement niveler les sensibilités en cause et on sait comment toute communauté Missionnaire d’Afrique en fait l’expérience. « L’apprentissage de la relativisation des positions personnelles reste toujours un dur combat avec soi-même » (Patriarche Athénagoras : « Je n’ai plus peur de rien » et Julien Papillon : Cf. Journal).

L’Évangile ne pourrait-il pas ici nous être de grande inspiration. Dans ce paragraphe de Mathieu sur la vie communautaire, Jésus dit : « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». (Mt 18,15-21). Voici ce qu’en dit le Révérend David Schnasa Jacobsen, de l’Église luthérienne : c’est bien d’une situation de conflit communautaire et de péché qu’est faite cette merveilleuse promesse et qu’elle prend tout son sens. « Si ton frère vient à pécher contre toi » (v.15) Nous sommes confrontés, à n’en pas douter, à un système de responsabilisation, système établi, toutefois, pour régler des problèmes de relations ecclésiales et fondé sur la promesse bienveillante de la présence du Christ dans la communauté. Et tout confrère Missionnaire d’Afrique n’est-il pas porteur de la Parole du Christ dans son témoignage personnel?

Observons que, selon le verset 15, « celui qui pèche » est votre frère ou sœur. En fait, on parle de relation jusqu’au verset 21. N’avons-nous pas alors d’autres options que celle de dévaluer les personnes avec lesquelles nous sommes en désaccord ou qui pèchent contre nous. Jésus les appelle « nos frères et sœurs ». Dans le contexte de l’Évangile, « la communauté a pouvoir de lier, mais aussi de délier », confiante que Dieu va « délier » au ciel. Le Christ, lui, est au milieu de nous, offrant libération, pardon, guérison comme autant de pain quotidien pour vivre la mission. À titre d’exemple que l’on pense à la situation vécue au jour le jour dans la Basilique du Saint-Sépulcre : « Là où on aurait espéré la paix, là où l’on aurait souhaité une vénération déférente et désintéressée, on ne rencontre que jalousie : les six groupes représentés (les Latins, les Orthodoxes, les Arméniens, les Syriens, les Coptes, les Éthiopiens) se surveillent constamment pour redresser la moindre violation de leurs droits personnels. Ils sont là parce que le Christ est là au milieu d’eux ».

Richard Dandenault, M.Afr.
Petit Écho n°1079

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