Maurice Borrmans : 1925 – 2017 (PE n° 1090 – 2018/04)

Bachelier, à peine âgé de 17 ans, il entre au grand séminaire de Lille pour étudier la philosophie (1942-1944) et pour commencer une 1ère année de théologie (1944-1945). Puis, le 20 novembre 45, il arrive à Maison-Carrée près d’Alger pour y commencer son noviciat. À son terme, il complète ses études de théologie à Thibar en Tunisie. Ses professeurs ont noté ses dons pour le dessin, son attention pour l’entretien des fleurs, son goût pour les études et son côté actif et méthodique, généreux et un brin rigide. Il prononça son serment missionnaire le 29 juin 1948 et fut ordonné prêtre à Thibar le 1er février 1949.

Nommé en Afrique du Nord, il inaugure, en octobre 49, la nouvelle maison ouverte à La Manouba dans la banlieue de Tunis où il étudiera, durant deux ans, l’arabe et l’islamologie. Fin juin 51, il est à Alger pour préparer une licence de psychologie. La première année, il réside rue Ben Cheneb à l’entrée de la Kasba où ses confrères viennent en aide aux gens du quartier. La seconde année, il séjourne à la maison régionale, rue du Jasmin. Il est reconnu comme un travailleur acharné et soucieux de se doter d’un réseau de relations amicales durables à commencer par Mohammed Arkoun avec qui il publiera, plus tard : «L’islam, religion et société».

En juin 53, il est nommé professeur à La Manouba. Il y enseignera avec rigueur la grammaire arabe et l’islamologie. Il s’intéressera très vite au droit musulman en vue de préparer une thèse. Il sut se rendre disponible pour offrir ses services en dehors de la maison jusqu’à ouvrir un patronage pour les enfants de La Manouba et diriger une colonie de vacances durant l’été. À partir de 1958, le père Maurice donna deux heures hebdomadaires d’arabe au scolasticat de Carthage.

Il fit sa grande retraite à Rome du 21 septembre au 21 octobre 1963. Ce fut pour lui un temps de renouvellement spirituel durant lequel il s’est interrogé sur la façon d’être «pèlerin de Dieu et explorateur de la foi» dans la rencontre de ceux qui, de leur côté, sont habités par la même interrogation. Maurice avait ainsi intégré certaines perspectives spirituelles de Louis Massignon, ce précurseur du dialogue islamo-chrétien. En témoigne ce livret publié, en mai 2016, «Prier 15 jours avec Louis Massignon».

Au début de l’été 64, La Manouba, qui était devenue, depuis mars 60, «Institut Pontifical d’Études Orientales» (IPEO), fut contrainte à déménager. Le père Maurice n’a pas ménagé sa peine pour permettre le transfert de la bibliothèque de Tunis à Marseille. Finalement, fin octobre 64, l’Institut s’installa à Rome et prit le nom d’Institut Pontifical d’Études Arabes (IPEA) avant de se fixer, en 1966, au palais de l’Apollinaire. Là, le père continua son enseignement tant au siège de l’Institut qu’à l’extérieur notamment à l’Université Pontificale Urbanienne tout en se rendant disponible pour le milieu orientaliste italien.

Dans le cadre de la préparation de sa thèse, il entreprit un voyage d’études en Afrique du Nord d’avril à septembre 1966. Le 9 mars 1971, il soutenait, à la Sorbonne, sa thèse de doctorat d’État intitulée : «Statut personnel et Famille au Maghreb de 1940 à nos jours» ainsi qu’une thèse complémentaire : «Documents sur la Famille au Maghreb».

Il devint rapidement consulteur pour le Secrétariat des non-chrétiens qui s’appellera plus tard «Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux». Pour cette instance, il publia en  avril 1981 : «Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans». Cet ouvrage connaîtra une traduction en 6 langues dont l’arabe et le turc et invite le lecteur à «entreprendre l’impossible et accepter le provisoire».

En 1975, il fut l’un des fondateurs de la revue annuelle «Islamochristiana» dont il sera soit le directeur, soit le rédacteur en chef jusqu’en 2004. Il y contribua par des articles solides et par de nombreuses recensions. En outre, il était invité à participer activement, par des communications substantielles, à bien des rencontres islamo-chrétiennes tant en Europe, qu’au Maghreb et au Moyen-Orient.

En 1980, on lui demanda de passer 3 ans dans un pays du Golfe. Le temps de se libérer des engagements programmés, il partit pour le Bahrein le 1er octobre 1981. Il y anima les communautés chrétiennes linguistiques dépendantes de la paroisse du Sacré Cœur de Manamah. Il y élargit son réseau de relations et sa connaissance du Machreq. Le 1er février 1984, il reprenait sa place à l’Institut qui avait changé de nom pour devenir le «Pontificio Istituto di Studi Arabi e d’Islamistica» (PISAI).

En 1985, il fut l’un des inspirateurs du discours que Jean-Paul II adressa aux jeunes musulmans de Casablanca et notamment de sa belle prière conclusive. Près de dix ans plus tard, le 1er février 1994, le père Maurice était nommé expert pour la première assemblée du Synode des Évêques pour l’Afrique qui s’est tenue à Rome du 10 avril au 8 mai 1994.

En septembre 1996, il publia : «Jésus et les musulmans d’aujourd’hui», ouvrage qui sera traduit en italien et qui connaîtra en 2005, une nouvelle édition mise à jour. Sa capacité de travail était légendaire. Il n’était jamais sans rien faire au point que certains hésitaient à le déranger. Son engagement passionné pour un dialogue en vérité fut reconnu d’abord quand il fut promu en 1990 dans l’ordre national du mérite puis, le 27 mai 1996, quand on lui remit,  pour ses 70 ans, un recueil d’articles offert par ses collègues et amis présents pour cette cérémonie au cours de laquelle le cardinal Arinze déclara : «Le père Maurice Borrmans est un expert reconnu et apprécié au niveau international en matière de sciences islamiques. Il a participé à de nombreux colloques, symposiums et congrès concernant le dialogue inter-religieux, surtout s’il s’agit de dialogue islamo-chrétien».

Il quitta l’Institut auquel il était attaché, en décembre 2004, pour une retraite bien active à Sainte-Foy lès Lyon. Là, il continua à vivre une spiritualité d’intercession inspirée par Louis Massignon, à être sollicité pour donner des conférences tant en France qu’en Italie et à publier pour faire connaître plusieurs figures qui s’ impliquèrent dans la rencontre islamo-chrétienne.

En décembre 2015, on lui conféra le titre de docteur honoris causa de l’Université Pontificale Urbanienne. Pour la circonstance, il rédigea une leçon inaugurale de 26 pages dactylographiées dans laquelle il présentait tout l’arc-en-ciel actuel des «Approches chrétiennes de l’islam».

En décembre 2017, à la suite d’une chute malencontreuse, notre frère Maurice finit par se plaindre du dos. Pris en charge par l’hôpital de Sainte Foy, il perdit l’usage de ses jambes, connut des moments de confusion et fut placé sous oxygène. C’est ainsi qu’il arriva, le 19 décembre, à Bry sur Marne où il décéda paisiblement le lendemain de Noël.

Ses funérailles eurent lieu dans l’église paroissiale de Bry sur Marne le 2 janvier 2018. Elles furent présidées par Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille, et Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux. On n’oubliera pas les mots de Mgr Aveline à son sujet : « Son œuvre immense nous laisse un précieux héritage qu’il importe de recueillir non seulement pour mieux comprendre l’Islam et entrer en dialogue avec les musulmans, mais aussi pour mieux exprimer l’originalité de la foi chrétienne à l’aide de ses deux poumons d’Orient et d’Occident. »

Il était assisté du père Vincent Feroldi, directeur du Secrétariat National pour les Relations avec les Musulmans et du père Diego Sarrió, MAfr, directeur des études au PISAI qui prononça l’homélie en évoquant la figure du chercheur, du père blanc et de l’homme. Il conclura son homélie en reprenant les paroles de Maurice : « entreprendre l’impossible et accepter le provisoire ». Maurice demandait à tous de « s’accueillir l’un l’autre, se comprendre les uns les autres, vivre et partager, oser et risquer, dialoguer en présence de Dieu et sous sa mouvance, se convertir à lui et se réconcilier les uns avec les autres, devenir l’un pour l’autre des témoins exigeants, entreprendre l’impossible et accepter le provisoire ». La grande question pour nous tous, c’est : comment participer au rêve de Dieu ? Comment rendre ma vie féconde ? C’est une question que Maurice Borrmans s’est toujours posée.

Notons aussi la présence du R. Don Valentino Cottini, Preside (Recteur) du P.I.S.A.I. à Rome Plusieurs de ses anciens étudiants, Pères Blancs, Sœurs Blanches et autres avaient tenu à participer à ce dernier adieu.

Gérard Demeerseman, M.Afr.

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