Mercredi des Cendres

Ambassadeurs du Christ : ne laissons pas sans effet la grâce

Joël 2, 12-18 / Psaume 50 (51) | 2 Corinthiens 5, 20 – 6, 2 / Matthieu 6, 1-6.16-18

Frères et sœurs bien-aimés,

Il y a quelques semaines, nous avons commencé le temps ordinaire de cette année liturgique A, avec l’appel à la conversion et à être disciple (Mc 1, 15-20). Cet appel est renouvelé en ce jour des cendres qui marque le début du temps de carême, par le cri du prophète Joël : « Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu » (Joël 2, 12-13). Pendant les prochains 40 jours, dans le désert de nos cœurs, nous sommes appelés à méditer sur notre vie et peut-être à évaluer nos résolutions prises au début de l’année de manière plus profonde à travers le prisme de la Parole de Dieu. Trois points de méditation tirés des lectures de ce mercredi des Cendres peuvent nous y aider : nous sommes ambassadeurs du Christ dans un monde brisé, appelés à nous réconcilier avec Dieu et à être des guérisseurs blessés.

Ambassadeurs dans un monde brisé

Alors que nous entrons dans cette période de carême 2026, nous découvrons un monde fracturé par les conflits et le désir de justice. Cette brisure du monde n’est pas invraisemblable : c’est une réalité dans nos propres pays, nos familles, et souvent dans nos vies personnelles. Cette période de carême est une période de grâce pour nous, afin de discerner où nous nous situons dans ce chaos historique. À la lumière de la sagesse bantoue de l’Ubuntu, qui affirme que “nous sommes, donc je suis” nous savons que personne n’est une île ; nous sommes tous liés et partageons cette fragilité du monde. En effet, nous en sommes participants par nos fractures communautaires et personnelles, nos péchés les plus évidents, ainsi que nos indifférences et omissions à faire le bien.

Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous rappelle que : « Nous sommes les ambassadeurs du Christ » (2 Cor 5, 21). C’est l’une des images les plus vivantes pour illustrer notre identité chrétienne. Un ambassadeur est un émissaire qui représente son pays et son peuple. C’est un honneur, mais aussi une responsabilité assez exigeante que porte la personne choisie, car elle devient le signe visible de la nation qui le mandate. Saint Paul, en faisant usage de cette image et de ce symbole, rappelle aux chrétiens leurs promesses baptismales : être un autre Christ dans le monde par la renonciation à Satan et à ses œuvres, et l’engagement à pleinement œuvrer pour le Royaume de Dieu. Cela signifie laisser la grâce de Dieu briller dans leurs vies, en être une manifestation dans le monde. Paul, dans son exhortation aux chrétiens de Corinthe, nous rappelle cette mission : « En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui » (2 Cor 6, 1).

Le chrétien d’aujourd’hui, tout comme l’Église synodale, ne peut rester indifférent à la condition des hommes et femmes de son temps, surtout en ces temps historiques où la tentation de l’usage de la violence, des fausses informations, ainsi que l’exploitation des plus vulnérables et de l’environnement s’établissent en norme. Chacun de nous devrait discerner comment il/elle comprend aujourd’hui cet appel missionnaire à être ambassadeur/drice du Christ, en continuité avec l’appel de l’Année jubilaire 2025 à être « Pèlerins de l’espérance ». Ceci est aussi vrai pour nos familles et nos communautés (chrétiennes), comme nous sommes envoyés à collaborer dans la synodalité (Mc 6, 7-13).

Réconcilié avec Dieu

En tant qu’ambassadeurs, nous devons nous réconcilier avec Dieu. Nous ne pouvons pas représenter quelqu’un avec qui nous ne sommes pas en communion. Être réconcilié avec Dieu, c’est être conscient de notre fragilité et de nos blessures. Les cendres que nous recevons aujourd’hui ne nous rappellent pas seulement que nous sommes poussière, mais que nous le sommes aussi comme humanité, vouée à notre perdition sans Dieu. Un souvenir constant de cette réalité pourrait nous aider à vivre mieux notre appel chrétien et humain avec humilité et dans la charité chrétienne. Cette prise de conscience de notre état de finitude est une étape impérative, mais non suffisante en soi. En effet, l’humain peut être conscient de son état de péché et de sa finitude mais, néanmoins, rester absorbé dans son orgueil ou piégé dans un sentiment d’inutilité. Ainsi, cette première étape de la prise de conscience doit être suivie avec humilité, par la seconde qui est un retour à Dieu pour être réconcilié avec Lui. C’est l’invitation de Paul « laissez-vous réconcilier avec Dieu. » 2 Cor 5 :20. Nul besoin d’insister qu’une véritable réconciliation avec Dieu implique une réconciliation entre nous (Mat. 5 :23-24).

Ces 40 jours de grâce sont le moment favorable pour vivre tout cela de manière plus significative. Le prophète Joël nous montre le type de réconciliation qui plaît à Dieu : « Revenez à moi de tout votre cœur… Déchirez vos cœurs, pas vos vêtements » (Joël 2, 12-13). Nous savons que, même en tant qu’Église institutionnelle dont certains membres ont causé des torts historiques, spirituels et psychologiques à d’autres dans la bergerie et dans le monde, nous avons aussi besoin de cette humilité et cette réconciliation.

Guérisseurs infirmes

Le chrétien, comme la communauté chrétienne dans cette mission de représentation du Christ, doit être un moyen de réconciliation, de justice et de paix. L’appel du Christ à la conversion et à être disciple sont indissociable de son appel à bâtir le Royaume de Dieu. Il nous choisit aujourd’hui, dans un monde de façade et de faux-semblants, pour être centrés sur Lui dans notre vie de prière et de charité, le tout dans la modestie. Nous faisons cela comme des « guérisseurs infirmes » qui, bien que pleins d’imperfections, sont prêts à être comme lui : « eucharistie », pain rompu et partagé pour le salut du monde. C’est ce que nous rappelle la vie de nos bienheureux martyrs d’Algérie.

Cher frères et sœurs, en plus de vous encourager à une vie dévotionnelle plus intense et à une meilleure proximité avec l’évangile, je vous propose trois livres qui valent la peine d’être lus ou revisités pour rendre ce temps de carême plus fécond : le classique « L’Imitation de Jésus-Christ » de Thomas a Kempis, « The wounded healer » (Le guérisseur blessé) de Henri Nouwen et enfin « Comme le pain rompu » de Pierre Van Breemen.

Ambassadeur du Christ, ne laissons pas la grâce reçue de Lui sans effet !

Bon temps de Carême.

Par: Gaétan Tiendrébéogo, M.Afr.