Prendre des temps réguliers d’approfondissement (Petit Echo n° 1088 – 2018/02)

Comme d’autres missionnaires, j’ai été engagé de nombreuses années dans la formation permanente de nos confrères et, plus largement, de nombreuses autres personnes. Je veux en rendre grâce à Dieu car j’ai été témoin de tant de merveilles accomplies par Lui dans des personnes très diverses. On m’a demandé d’écrire à ce sujet. Il y aurait tant à dire… Je me limite à quelques points majeurs.

La première chose essentielle – c’est une évidence, mais les évidences sont à rappeler – est la nécessité de prendre des temps réguliers d’approfondissement de notre vie, de notre vocation, pour relire nos activités, nos rencontres, avec les yeux de Dieu. Dans la vie quotidienne, nous avons besoin de temps de prière, de reprise de conscience. De même, il faut se fixer des temps réguliers de ressourcement et d’approfondissement : chaque semaine, un jour de repos ; chaque mois ou tous les deux mois, une journée de récollection ; chaque année, un temps de congé et un temps de retraite, et l’une ou l’autre fois dans notre vie missionnaire, un temps sabbatique.

Beaucoup de membres d’autres congrégations et Instituts religieux m’ont confié que nous, missionnaires d’Afrique, avons la chance d’avoir cette possibilité de façon organisée : pendant le 1er terme de mission, au niveau provincial ; pendant le 2ème terme de mission, au niveau régional ; à Jérusalem, la session-retraite  entre 10 et 15 ans de serment missionnaire ; au mitan de la vie ; à Jérusalem, pour la session Bethesda ; à Rome, pour la session de transition ; à Rome de nouveau pour la session des seniors. Sans compter les autres sessions particulières, comme celle du renouveau pour la mission et d’autres organisées par la Société ou au niveau local.

Mgr Michel Sabbah, patriarche émérite, avec le groupe de la session-retraite 2016.

Chaque session est une occasion d’approfondir notre vocation missionnaire et la façon dont nous la vivons, non pas seulement pour l’efficacité de notre engagement mais aussi pour notre bien-être personnel. Nous avons chacun une vocation missionnaire particulière à recevoir sans cesse. Mon bonheur sera de vivre le projet personnel que Dieu a pour moi. Encore faut-il le découvrir, l’accueillir et le vivre pleinement !

Mon expérience de Jérusalem

Pour les sessions de Jérusalem, il est une demande claire que je formulais pour chaque participant en préparation de la session, que ce soit la session-retraite ou la session Bethesda : prendre un temps de relecture de sa vie. Et je demandais qu’on nous envoie à l’avance un texte plus ou moins long à ce sujet ; pas un Curriculum Vitae, mais une histoire de sa vie au niveau spirituel. Beaucoup se contentaient d’une ou deux pages ; certains n’envoyaient rien ; d’autres par contre, le faisaient sérieusement.

Au début de la session, je leur demandais de prendre du temps pour y revenir. Un des premiers exercices proposés était de partager, en petits groupes de 5 ou 6, ce qu’on voulait de ce récit de vie, « le fleuve de ma vie ». Les participants avaient la possibilité, après avoir écouté le récit de vie des autres, de revenir plus en profondeur sur la leur. Je leur suggérais de laisser remonter en eux, pendant les 3 mois de session, tous les souvenirs encore présents dans leur corps, de réfléchir sur leur importance, positive ou négative, et de les mettre par écrit. A la fin de la session, ils avaient souvent un récit de leur vie assez détaillé au point de vue spirituel.

Comme le Premier Testament est fondamentalement l’histoire de la vocation du peuple d’Israël, celle de la révélation de Dieu dans son histoire, ainsi est-il important, je pense, de prendre conscience de la façon dont Dieu se révèle à nous de façon personnelle tout au long de notre vie.

Pendant ces sessions, les jours de travail, nous commencions par un temps de relecture de la (ou des) journée(s) précédente(s). Chacun était invité à partager un élément qui l’avait marqué de façon particulière, un événement, une parole qu’il considérait comme venant de Dieu pour lui, pour elle, personnellement. Quelle richesse de partages ! Chaque équipe préparait aussi l’eucharistie du samedi (intégration de la semaine) dans le même esprit, parfois en décorant la chapelle de façon inhabituelle (cf. photo-page 89).

Dès le début de la session aussi, on proposait à chaque participant de se choisir un accompagnateur personnel et de le rencontrer régulièrement pour pouvoir partager son cheminement personnel d’approfondissement. Pour ma part, c’est ce que je considérais comme le plus important de la session, avec la retraite personnelle accompagnée de la fin.

Le succès des sessions

D’autres éléments, bien sûr, ont contribué au succès des sessions de Jérusalem: une bonne équipe d’animation, M.Afr. et autres (chaque animateur acceptant au maximum 5 accompagnés) ; l’alternance sorties–cours ou conférences ; les temps communs de prière ; les temps de partage en petits groupes et le temps personnel.

Pour les sorties, j’ai bénéficié de l’expérience antérieure : lieux bien choisis ; documents préparatoires déjà préparés ; semaine en Galilée à mi-parcours bien organisée ; rencontre de témoins de valeur ; films et vidéos, etc. De même, les cours de Bible ont été progressivement organisés en fonction du type de session et grâce à ceux qui les assuraient : Walter Vogels, Joseph Doan sj, Bill Russell et moi-même.

Selon mon expérience, c’est l’interaction en petits groupes qui a le plus contribué au succès des sessions. Le résultat positif fut plus ou moins réel d’après l’engagement de chacun dans son équipe. Nous, animateurs, nous nous contentions de fournir la méthodologie et le cadre pour le faire. Les participants en ont bénéficié dans la mesure où ils s’y sont engagés personnellement. L’évaluation finale que je demandais à chaque participant de façon détaillée nous l’a montré clairement !

Les sessions de Jérusalem existent depuis octobre 1976. D’après les statistiques des pères Jan Deltijk et Tom Wijffels et les miennes, nous avons accueilli, au cours de ces 40 ans, 2.487 participants : 1.570 M. Afr., 40 évêques, 386 prêtres diocésains, 389 autres religieux (ou laïcs) et 102 religieuses. Les femmes et les laïcs n’ont été accueillis qu’à partir de 1999.

Je ne peux souhaiter qu’une chose : une fois, la rénovation des bâtiments terminée à Jérusalem, que les sessions puissent reprendre avec une équipe d’animation renouvelée !

Guy Theunis
Supérieur Local, Rome

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