Réflexions sur la formation (PE n° 1089 – 2018/03)

Bien des remerciements à Freddy pour son premier numéro du Petit Écho sur la Formation dans la Société. Merci aussi à Dave Sullivan pour son excellente présentation en survol des changements qui se sont produits au cours des années en ce domaine. A la fin de son article, il demande que quelques-uns fassent part de leurs avis, souvenirs et expérience de leur propre formation. Alors, voilà !

Je suis un produit de St Boswells et du Priory, les petits séminaires de la province britannique. Il est juste de dire que le niveau de l’éducation académique n’y était pas très élevé, la plupart des professeurs étant des membres de la Société qu’on avait envoyés enseigner sans formation spéciale. Du point de vue de la formation missionnaire, ces institutions avaient de meilleurs résultats : les garçons qui y entraient étaient un groupe hétéroclite venant de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande, et aussi de divers strates de la société ; on insistait sur la vie de prière ; les conditions de vie étaient spartiates.

Pour la première année de philosophie on fut enseigné par deux hommes qui avaient étudié le Droit Canon. Ils faisaient ce qu’ils pouvaient, par obéissance, mais ce fut un grand soulagement quand, pour la deuxième année, un nouveau professeur arriva qui avait été formé en philosophie et était enthousiaste pour son sujet. Entre parenthèses, quand les deux canonistes arrivèrent finalement en Afrique, tous les deux firent un excellent travail dans le domaine du Droit Canon.

J’avais demandé de faire mon noviciat à Maison-Carrée, mais on me dit qu’il valait mieux suivre cette année importante dans sa propre langue maternelle ; c’est ainsi que je suis allé à ‘s-Heerenberg avec les autres candidats britanniques et irlandais. Là, évidemment, on fut dépassé en nombre par les Hollandais ; six Allemands se joignirent à nous ; il ne semblait pas qu’il y avait une quelconque objection à ce que ceux-ci suivent le programme du noviciat dans une langue qui n’était pas la leur.

Heureusement, à la fin du noviciat, quatre d’entre nous, deux hollandais, un écossais et moi-même, furent envoyés en Tunisie pour la théologie. Il n’y avait pas de stage en ce temps-là ; les candidats passaient directement de leur formation, philosophie, noviciat, théologie, à leur ordination. Dave dit que « le stage fut introduit par le Chapitre de 1974 comme partie intégrale de la formation ». (p. 35). Mon souvenir est que cela n’était pas encore obligatoire pour tous les candidats. Les quelques candidats africains estimaient que, étant africains, ils avaient déjà l’expérience de l’Afrique ; ils pouvaient donc être dispensés de faire ces deux ans de stage et passer directement à la théologie et, finalement, à l’ordination. C’est le Conseil général avec le père Robert Gay (1980-1986) qui a élargi la période de formation apostolique à tous les candidats.

Autrefois, comme dit par Dave, pour ceux qui avaient été envoyés en Tunisie pour la théologie, les premières années se passaient à Thibar et la dernière à Carthage. L’année où nous sommes arrivés, 1957, toutes les classes étaient regroupées à Carthage tandis que la maison de Thibar, près de la grande ferme, était transformée en une école d’agriculture tenue par la Société pour de jeunes tunisiens. Cette année-là vit aussi l’abandon du titre « Frère » quand on se parlait les uns avec les autres, et le changement du « vous » au « tu ». Pour ceux qui n’avaient qu’un français scolaire cela signifiait qu’il nous fallait revisiter tous nos verbes pour trouver les formes « tu » mal connues.

Il me semble que l’enseignement reçu à Carthage était meilleur que celui décrit par Dave. Nos professeurs avaient été formés dans leurs sujets. Nous avons eu un professeur en théologie dont l’enseignement était basé sur la patrologie et pourtant pastoral, et un autre qui était capable de distiller pour nous Schillebeeckx qu’il lisait dans l’original flamand.

Le Chapitre de 1957 décida que les scolasticats devraient être orientés vers les différentes formes que la mission pouvait prendre. Je ne sais pas comment cela fut appliqué à Eastview, Heverlee et ‘s-Heerenberg. A Carthage, dans un pays en majorité musulman, l’orientation était tout naturellement tournée vers l’apostolat auprès des musulmans. Cela voulait dire l’introduction de la langue arabe dans le programme. Le père Maurice Borrmans (d. 26.12.2017) venait chaque lundi après-midi de La Manouba, le Centre pour les études arabiques et islamiques, pour un enseignement de deux heures. Sa tâche n’était pas rendue facile du fait que, le lundi, il y avait toujours du couscous pour le repas de midi. Quelques classes en matières islamiques étaient aussi incluses dans le programme. Cela aurait été plus utile si les professeurs en théologie avaient pu parler de l’Islam durant leurs cours réguliers, mais ceci aurait demandé des professeurs formés spécialement.

Un dernier point pourrait être mentionné. Le Chapitre de 1957 avait insisté sur le caractère ignatien de notre spiritualité missionnaire et décidé que les novices, durant leur noviciat, feraient une retraite de 30 jours. Il m’a semblé que ceux qui se joignirent à nous au scolasticat après avoir fait tous les Exercices Spirituels avaient acquis une plus grande maturité spirituelle.

La formation a changé localement, mais aussi en son contenu et en son esprit, mais son but n’a pas changé : former de bons Missionnaires d’Afrique.

+ Michael L. Fitzgerald, M.Afr.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.