Le futur de la Mission

La mission a-t-elle un futur ? Nous voulons parler ici de la Mission « ad extra » ; c’est-à-dire celle qui consiste à quitter son propre pays et à partir dans un autre pour y proclamer l’évangile. Bien des Sociétés ou Congrégations missionnaires se posent la question car nous devons regarder l’avenir avec réalisme.

En 1975, dans notre Société des Missionnaires d’Afrique, nous étions juste en dessous des 3000 membres ; et aujourd’hui, juste 43 ans après, nous ne sommes plus que 1210 soit une diminution de près de 50 %.

Et si nous y regardons de plus près parmi ces 1210, nous pourions distinguer alors 826 membres originaires des pays de « vieilles » chrétientés (Europe et Amérique du Nord) et quelque 380 membres originaires des pays de « jeunes » chrétientés, principalement africaines. Nous tous missionnaires, quelle que soit notre origine, nous sommes supposés quitter notre pays d’origine pour aller vers ceux et celles qui n’ont pas encore entendu l’Évangile.

P. B. en “vieilles” chrétientés

Nous nous réjouissons de ces 826 membres justes mentionnés. Mais nous sommes un peu tristes de considérer que la grande majorité d’entre eux ont plus de 70 ans d’âge et que seulement un nombre infime d’entre eux sont encore en Afrique.

Tous nos espoirs reposent donc sur nos 380 membres venant des jeunes chrétientés parmi lesquelles nous citons entre autres : les Congolais de RDC (82), les Burkinabè (53) ou encore les Zambiens (32). Alors, face à ces statistiques, notre question demeure : Quel est le futur de la Mission ?

Actuellement la Société des Missionnaires d’Afrique comprend au total 1210 Pères Blancs. Parmi ceux-ci, 826 membres originaires des pays de “vieilles” chrétientés (Europe et Amérique du Nord) ; la grande majorité d’entre eux ont plus de 70 ans d’âge.

Un colloque missionnaire en Irlande

Récemment, en février 2018, un colloque missionnaire en Irlande s’est penché sur cette question. Neuf représentants de différentes Sociétés missionnaires y participaient. Et parmi elles, nous avions le Père Stanley Lubungo, Supérieur Général des Missionnaires d’Afrique. Ces neuf sociétés y ont fait une constatation générale : chaque société missionnaire s’est enrichie de membres originaires de cultures différentes. Elles doivent donc faire face à la nécessité de vivre une réelle interculturalité (ce qui est différent de la multiculturalité).

Elles doivent se laisser imprégner par la variété des cultures qui les composent. Elles doivent chérir leur propre tradition ou l’identité culturelle tout en étant des témoins visibles de ce qu’elles vivent en communauté interculturelle. Ainsi, dans leur vie communautaire, il n’est plus possible d’avoir une seule culture “dominante” qui dicterait tout. L’influence de l’Église occidentale d’hier ne peut donc que diminuer.

C’est déjà ce que vivent les Maryknoll Sisters des États Unis qui n’ont maintenant que 393 membres et dont un nombre important est âgé de plus de 80 ans. Ou encore, nous avons l’exemple des Missions Étrangères de Paris (MEP) qui viennent de célébrer leur 300e anniversaire. Ils ne sont plus que 185 mais maintenant s’ouvrent au volontariat laïc. Depuis 2003, ils ont ainsi envoyé plus de 2000 personnes en mission. Quelques-uns d’entre eux ont ensuite rejoint les MEP pour un engagement définitif dans la prêtrise. Les Églises Occidentales n’ont plus le privilège d’alimenter les forces missionnaires de l’Église Catholique. Le charisme missionnaire est partagé entre toutes les Églises, vieilles tout autant que jeunes. À tel point que la journaliste qui écrivait à propos de ce colloque missionnaire, a intitulé son article : « La Mission devient de moins en moins occidentale ! » (The future of mission becomes less and less Western)

Une mission moins occidentale

« Une mission moins occidentale », c’est aussi ce qui apparaît quand nous constatons le nombre de prêtres que l’on peut qualifier d’étrangers et qui sont, momentanément ou de façon permanente, au milieu ou au service de nos communautés chrétiennes. Et de fait, il y a beaucoup de prêtres africains travaillant en Europe. Face à cela, il n’était pas rare d’entendre la remarque : « Nous les avons évangélisés. Ils peuvent bien maintenant venir aider nos paroisses. »

Bien sûr, dans nos capitales comme Paris et Bruxelles, nous trouvons de nombreux prêtres aux études dans nos universités. Il y en a d’autres qui, pour une raison ou une autre, ont préféré quitter leur diocèse d’origine. Mais il y en d’autres, peut-être pas assez nombreux, qui en accord avec leur évêque local, ont signé un contrat de “Fidei Donum” avec un diocèse de chez nous.

Tous les espoirs de croissance future des effectifs des Missionnaires d’Afrique reposent sur nos 380 membres venant des jeunes chrétientés. L’influence de l’Église occidentale d’hier ne peut que diminuer.

Les prêtres africains travaillent en Europe sur une base de partenariat

Ainsi, avec eux, pourrait se profiler un véritable partenariat entre les Églises d’Afrique et les Églises d’Europe. Les prêtres africains ne devraient pas venir pour remédier à nos manques de prêtres ; et en ce cas, ils ne seraient que des “bouches trous”. Non, ils doivent venir sur une véritable base de partenariat. Car ils ont leur manière propre de vivre l’Évangile. Et en cela ils peuvent nous interpeller. Ce sont donc les prêtres originaires des jeunes Églises qui à leur tour peuvent reprendre le flambeau de la mission ; même quand il s’agit de venir ici même, au milieu de nous, en Europe.

Jésus n’appartient à aucune culture

La Mission est une rencontre pour mieux découvrir Jésus Christ. Et Jésus n’appartient à aucune culture. Il est véritablement à tous et à toutes. Il a une dimension universelle. Il peut être au milieu de toute rencontre interculturelle. C’est là une dimension de la mission d’aujourd’hui. Elle peut se vivre autant dans nos Sociétés ou Congrégations missionnaires que dans nos communautés paroissiales où se retrou-vent des prêtres de toutes cultures.

Père Gilles Mathorel, M. Afr.
(Voix d’Afrique n° 119 – Juin 2018)

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