Savoir s’arrêter quand tout s’accélère… (Petit Echo n° 1088 – 2018/02)

L’avenir de la formation permanente.

« Dans un monde aujourd’hui en pleine mutation, le Chapitre nous appelle à être créatifs dans notre approche et notre engagement missionnaires, prenant conscience de la nécessité de nous adapter aux nouvelles réalités »1.

C’est en partant de cette affirmation du dernier Chapitre concernant notre mission aujourd’hui que j’envisage le défi de la formation permanente.

Pourquoi parler « d’un monde en pleine mutation aujourd’hui » ?

N’a-t-il pas toujours évolué ? Certes, mais l’aujourd’hui est marqué par une dimension qui envahit tout : l’accélération. Que ce soit au niveau des échanges financiers et économiques, des moyens de communication, de l’évolution des opinions mondiales dans le domaine de l’éthique ou du religieux, tout va de plus en plus vite, avec son cortège d’inégalités.

« En pleine mutation », cela signifie quoi ? Tout d’abord, nous vivons en direct une triple révolution : celle de l’économie et de la finance mondiales, celle du numérique et celle de la génétique (les biotechnologies). Les trois font système et sont de moins en moins contrôlables : elles touchent à l’avenir de l’humanité et de la planète. A cela nous pouvons ajouter les grandes mutations de l’Afrique en douleurs d’enfantement (avec son cortège de violences et d’injustices… mais aussi de créativité), de l’Eglise qui goûte le renouveau missionnaire et écologique apporté par le pape François… Sans oublier notre Société qui est aussi « en pleine mutation » avec de grands défis sur les plans de la formation et de la gestion du personnel et du leadership.

Alors comment « être créatifs » et « nous adapter aux nouvelles réalités » comme Missionnaires d’Afrique ? Comment acquérir cette capacité d’adaptation dans ces mutations et ces accélérations qui ne nous laissent pas indemnes, comment appliquer personnellement et communautairement un discernement qui nous rende aptes à relever ces différents défis tout en gardant un réel équilibre de vie sur les plans spirituel et humain ?

Rencontre des confrères en second terme de mission.

Pour un discernement permanent

Je crois que nous ne serons à la hauteur de notre mission qu’en étant toujours en chemin et à tout moment à l’écoute des frémissements de l’Esprit dans les milieux où nous sommes engagés. Or, cela demande une attitude d’ouverture et de remise en question qui est le propre de la formation permanente. Celle-ci n’est pas d’abord l’organisation de sessions plus ou moins attirantes quelques jours par an. A. Cencini écrit : « La formation permanente s’accomplit dans le lieu de vie normal, là où chacun vit sa propre existence, (…) elle commence à être permanente quand la personne apprend à vivre toute situation existentielle et toute relation comme lieu de formation2. » Cela, c’est l’idéal… Or, une récente évaluation de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés apostoliques constate « (…) nous devons admettre qu’une culture de la formation permanente n’existe pas encore. Cette lacune est le fruit d’une mentalité partielle et réductrice en ce qui concerne la formation permanente ; c’est ainsi que la perception de son importance est insuffisante et l’implication individuelle minime. (…) On a du mal à s’approprier l’idée que la formation est vraiment continuelle seulement quand elle est ordinaire et s’accomplit dans la réalité de chaque jour. Il persiste encore une interprétation faible ou sociologique de la formation permanente, liée à un simple devoir d’aggiornamento ou à l’éventuelle exigence d’une reprise spirituelle. On ne la conçoit pas comme une attitude continuelle d’écoute et de partage d’appels, de problématiques, d’horizons. Chaque personne est appelée à se laisser toucher, éduquer, provoquer, éclairer par la vie et par l’histoire, par ce qu’on annonce et célèbre, par les pauvres et les exclus, par les proches et les lointains3 ».

Décider de s’arrêter…

Mais comment acquérir cette attitude de formation PERMANENTE telle que décrite ici ? Où trouver les outils d’analyse et d’interprétation ? Comment réaliser la lecture des signes des temps quand on est submergé par la pastorale ou l’enseignement ? En S’ARRETANT pour se former… Ce qui semble être une des attitudes les plus difficiles de la part de nombre d’entre nous, missionnaires « pleins d’un zèle plus qu’ordinaire ». La formation permanente serait du temps perdu sauf si elle fournit des trucs pour être plus efficaces sur le terrain ? Mais qu’est-ce que les gens attendent de personnes comme nous, avec notre niveau de formation et l’importance des fonctions que nous exerçons dans l’Eglise ou la société ? Une véritable vision chrétienne et des clés de discernement à propos de ce qui bouleverse notre monde, fragilise les couples, trouble les jeunes au niveau des valeurs, lamine les pauvres sur le bord de la route. Et cela nous ne le trouvons pas dans les vidéos qui circulent sur Whatsapp à longueur de journée4. C’est ce que les confrères engagés dans la formation permanente dans notre Société essaient laborieusement de faire comprendre aux autres ! J’ai dit au dernier Chapitre que, dans notre Société, nous avons toutes les compétences5 et tous les outils nécessaires pour accompagner nos confrères dans ces mutations, mais nous avons trop peu de « clients » et de motivation6 pour acquérir les outils et prendre le temps d’un vrai discernement adapté au monde d’aujourd’hui.

La session des Seniors à Rome en 2017

Alors, je nous invite à une prise de conscience de nos priorités au niveau de la qualité de notre témoignage et de notre créativité et me permet de demander une collaboration plus active de la part des responsables aux différents niveaux, car après sept ans d’expérience, j’ai découvert beaucoup de résistance et d’inertie dans notre Société à ce propos7.


  1. Actes capitulaires 2016, p. 25.
  2. Cencini A ? La formation permanente … Y croyons- nous vraiment ? , Lessius, 2014,
  3. A vin nouveau, outre neuve, Depuis le Concile Vatican II, La vie consacrée et les défis encore ouverts, Janvier 2017
  4. Je n’ai rien contre cette application en soi que j’emploie, c’est une question d’usage.
  5. Une base de données des confrères-ressources est en préparation (cf. Actes Capitulaires 2017, p. 84).
  6. CE qui ne veut pas dire qu’il ne faut se former qu’auprès des confrères. Le Chapitre invite à nous adresser à différents lieux.
  7. Notre Société est connue à l’extérieur pour la richesse de ses propositions ; à l’intérieur nous constatons que ce n’est pas si évident. Mais toutes les congrégations sont confrontées à ce défi.

Bernard Ugeux, M.Afr.
Formation Permanente

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