Tous migrants, en recherche d’un sens à la vie et de paix (PE n° 1090 – 2018/04)

Le livre « Découvrir un sens à sa vie » de Viktor Frankl est un bon point de départ pour notre réflexion. Le message de l’auteur, survivant de l’holocauste et psychiatre, affirme que nous sommes tous engagés dans une recherche d’un sens à la vie. Cette recherche implique le désir d’accomplissement de soi et celui d’appartenance. La paix est le résultat de cette recherche. Notre résilience et qualité de vie dépendent largement de notre réussite à trouver ou non un sens à notre existence. C’est aussi une expérience commune que le nouvel initié apprend avec facilité ou non. Dès que nous atteignons notre objectif dans une situation particulière de notre vie, nous continuons notre route en quête d’un nouvel horizon plus grand ou plus profond, toujours à la recherche d’un sens à la vie. C’est une réalité que nous partageons tous, indépendamment de nos origines, de nos âges, de nos identités sexuelles et de nos statuts sociaux. Nous pouvons faire référence aux deux leçons du petit livre classique mais fort sérieux de Johnson Spencer :  Qui a piqué mon fromage ? : « ils bougent toujours le fromage » et « bougeons avec le fromage ». Il est rare de rencontrer quelqu’un qui ne fait pas cette démarche pour trouver un sens à sa vie, consciemment ou non, que ce soit par des bons moyens ou non. Trouver un sens à notre vie nous apporte le bien-être et la réalisation de soi.

Nous voulons aussi appartenir à un groupe social où nous nous sentions en confiance. Cela peut être la famille, la communauté, le pays, le monde ou même l’univers. Se sentir à l’aise avec soi-même, atteindre son potentiel et son épanouissement dépendent beaucoup de notre sentiment d’appartenance à tous ces niveaux. Pourtant, nous arrivons très vite au constat que malgré le fait que nous partagions tous les mêmes aspirations et parfois aussi les mêmes valeurs, nous réussissons à peine à vivre cette appartenance. Le sentiment d’appartenance contribue à notre accomplissement personnel. De ces deux points, le besoin de sens à notre vie et le besoin d’appartenance, nous pouvons conclure que nous sommes tous des migrants en quête de sens et de paix.

La recherche de beaucoup d’hommes et de femmes, jeunes et vieux, implique aussi un désir de vivre dans un endroit paisible, comme le note le pape François dans son message pour la Journée mondiale de la Paix. Le message contient quatre verbes importants : contempler, accueillir, protéger, promouvoir/intégrer.

Le premier est une invitation à contempler : contempler notre monde, ce qui se passe autour de nous, loin ou proche, dans ce monde globalisé ; contempler jusqu’où nous nous éloignons du rêve de la maison commune. D’une manière plus profonde, contempler comment le Saint-Esprit œuvre dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps pour faire de ce rêve et de ce désir, non pas une utopie mais une réalité. Un obstacle important pour ces aspirations, parmi tant d’autres tels que les blessures historiques, les injustices socio-économiques, l’impérialisme, les visions divergentes du monde, est l’incapacité ou le manque de volonté d’apprécier, d’accueillir et d’accepter la diversité. Cela peut aller de la différence interpersonnelle, culturelle, politique à la différence religieuse. Les expressions de ce blocage sont la peur, la xénophobie, le racisme, le nationalisme, le fanatisme. La peur de la différence peut aussi être une racine de tous ces blocages. Le pape remarque que cette peur est souvent utilisée par les politiciens pour leurs propres fins. Nous sommes donc appelés à contempler. Les trois autres verbes sont une invitation à accueillir, protéger, promouvoir et intégrer.

Si le message est une invitation à accueillir les migrants et les réfugiés pour leur donner une chance, ces quatre verbes importants sont pertinents pour nous tous (migrants dans la vie) : contempler, accueillir, nous protéger les uns les autres, promouvoir et aider à l’intégration de l’autre afin d’aider chacun dans sa quête de sens et de paix ; ainsi nous bénéficierons de la richesse de chaque personne.

Au début de chaque année, nous avons tous des rêves et des vœux que nous souhaitons réaliser. Cette année est pour nous une année spéciale : la célébration des 150 ans de nos deux Sociétés. Nous pouvons célébrer cette année jubilaire en contemplant et discernant le message central de la lettre du pape et en trouvant une résonance dans les textes clés de notre dernier Chapitre général sur la vie communautaire et la mission. Premièrement, en contemplant le monde, nous contemplons aussi nos communautés multiculturelles qui sont appelées à être une famille pour chacun de nous (cf. CL, 40 ; Actes capitulaires, 2. Découverte de la vie communautaire). Ensuite, appelés à «accueillir, protéger, promouvoir et intégrer», nous sommes des apôtres témoignant du Royaume de Dieu entre nous et envoyés dans le monde pour être des promoteurs de l’intégration, de la rencontre entre les peuples et les cultures. (CL, 35; Actes capitulaires, 3. Mission rêve).

À Treviglio (Bergame) en Italie depuis plus de 40 ans, la communauté chrétienne locale organise une marche pour la paix qui débute à la maison de notre communauté. Les participants ne sont pas des milliers, mais ce sont des gens qui bravent le froid pour montrer leur engagement pour la paix et la justice dans le monde.

Cette année, j’ai eu la chance de participer à cette marche qui s’est terminée par une déclaration du maire de la ville et la célébration eucharistique. Ce qui a retenu mon attention, parmi beaucoup d’autres belles choses, c’est le message lu dans une salle de classe où nous nous sommes arrêtés à mi-parcours pour écouter le partage de deux migrants sur leur expérience. Je termine ici ma réflexion avec ce message :

Aujourd’hui, nous construisons des ponts.
Aujourd’hui est le moment de commencer à y croire vraiment pour être en mesure de changer.
Prends ton courage en main ; maintenant, c’est à toi de construire l’avenir.
Justice, gratuité, intérêt, respect.
Penses-y, tu n’es pas seul, d’autres sont prêts à s’engager pour construire des ponts d’unité, des ponts qui unissent tous les peuples.
Quel est ton rêve et ton projet ? Voudrais-tu entrer dans la danse ?

Gaétan Tiendrébéogo

Livres et articles mentionnés :

  • Viktor Frankl, Découvrir un sens à sa vie, 1988
  • Spencer Johnson, Qui a piqué mon fromage ? 1998
  • Les Actes capitulaires du Chapitre général de 2016
  • Pape François, Les migrants et les réfugiés : des hommes et des femmes en quête de paix, message de la 51ème Journée mondiale de la Paix, 2018.

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