Formation continue

En suivant ce lien, vous trouverez jour après jour du contenu qui vous permettra d'approfondir votre réflexion sur les points principaux abordés par le Chapitre

Petit Echo

Pour votre facilité, les articles principaux écrits par nos confrères dans le dernier Petit Echo sont disponibles dans un format facile à lire, même sur un téléphone intelligent ou une tablette

150ème anniversaire

En 2018, nous célébrerons les 150 ans d'existence de notre Société. En attendant plus d'information du Comité de préparation, regardez les vidéos que nous vous proposons

Homélies

Ici, vous trouverez quelques liens intéressants pour votre méditation personnelle ou pour la préparation de vos homélies

Communiqué officiel, Rome, 14 juin 2024

Après consultation de tous les Supérieurs provinciaux et des fonctionnaires généraux comme le demandent les Constitutions et Lois de la Société à l’article numéro 215 § 1, le Conseil général a élu Assistant général le Père Aloysius Ssekamatte en remplacement du Père Francis Bomansaan nommé  évêque du diocèse de Wa au Ghana par le pape François. 

Nos fraternelles félicitations et meilleurs vœux à Aloysius, qui rejoindra Rome en septembre.

Rome, 14 juin 2024

André-L. Simonart, 
Secrétaire général.

Jean-Marie Le Vacher R.I.P.

Société des Missionnaires d'Afrique

Le Père Michel Girard, Délégué Provincial du secteur de France,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

Jean-Marie Le Vacher

le mardi 11 juin 2024 à Bry-Sur-Marne (France)
à l’âge de 95 ans dont 71 ans de vie missionnaire
en Tunisie, en Algérie, au Soudan, au Kenya, en Ouganda et en France.

Prions pour lui et pour ceux qui lui étaient chers.

Téléchargez ici le faire-part de décès du Père Jean-Marie Le Vacher

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Missionnaires d’Afrique fondent le village de Karema avec cinq cents esclaves rachetés

Karema, Première Mission

Le 17 août 2023, l’évêque Eusebius Nzigilwa du diocèse de Mpanda, dans l’ouest de la Tanzanie, a invité les Missionnaires d’Afrique à assister à une célébration dans la paroisse de Karema. L’évêque souhaitait reconsacrer l’église récemment rénovée. En outre, il souhaitait inhumer la dépouille d’un prédécesseur, Mgr Adolphe Lechaptois, devant l’autel. Des évêques des diocèses suffragants de Tabora, dont le cardinal Protase Rugambwa, coadjuteur de l’archidiocèse de Tabora, récemment nommé, étaient également présents.

Karema fut une station militaire belge fondée par le capitaine Emile Storms. En 1884, lorsqu’il est retourné en Europe, le capitaine Storms l’a ensuite cédée aux Missionnaires d’Afrique arrivés pour évangéliser le vicariat du Tanganyika. Les Missionnaires d’Afrique fondent le village de Karema avec cinq cents esclaves rachetés. L’ancien zouave du pape, Léopold Joubert, s’y rend en 1886 pour offrir sa protection. Le docteur Adrian Atiman y arrive en 1889 et reste comme médecin et catéchiste jusqu’à sa mort en 1956. On peut encore voir sa petite maison près de l’église de Karema.

Mgr Lechaptois n’était pas le premier évêque. Jean-Baptiste Charbonnier, ordonné évêque à Kipalapala, Tabora, le 24 août 1887 par l’archevêque Livinhac (le premier évêque à être ordonné au sud du Sahara), fut le premier vicaire du Tanganyika. Mgr Charbonnier est décédé à Karema le 16 mars 1888. Mgr Léonce Bridoux, qui avait été ordonné évêque par Lavigerie à Paris en 1888, lui succède. Mgr Bridoux meurt en 1890.

Adolphe Lechaptois est nommé successeur de Mgr Bridoux. Après son ordination sacerdotale en 1878, il passe les dix années suivantes en Afrique du Nord, où il enseigne dans des séminaires et participe à la promotion de villages chrétiens. Il atteint Karema en 1891, à une époque de grande insécurité, et y reste en tant qu’évêque jusqu’à sa mort en 1917. Il visite et établit des missions dans les actuels Sumbawanga et Mbeya, ainsi que sur la rive occidentale du lac Tanganyika, avant que le vicariat apostolique du Haut-Congo ne soit établi avec Mgr Roelens en 1892. Adolphe Lechaptois participe au Chapitre général des Missionnaires d’Afrique en 1895 et ne fut ordonné évêque que le 20 mai 1895 par l’archevêque Prosper Dusserre. Il retourne à Karema en 1895 avec la première communauté de Sœurs Missionaires de Notre Dame d’Afrique (SMNDA) qui s’installe à Karema. Leur maison d’origine est toujours là, aujourd’hui occupée par les sœurs de Sumbawanga.

Aylward Shorter a écrit une biographie d’Adolphe Lechaptois, courte mais détaillée ; il l’a décrit comme “un homme d’un grand zèle, d’une bonté inhérente et d’une grande simplicité, qui visitait chaque succursale annuellement”. Lechaptois a créé des centres de formation de catéchistes et le premier séminaire à Utinta, à proximité de Karema sur le lac. Il s’intéresse également à la culture des populations et écrit “Aux Rives du Tanganyika” en 1913 ; ce livre témoigne de son appréciation des habitants de la région. Il reçut pour cela un prix de la Société de Géographie de Paris.

Mgr Lechaptois a fondé la première congrégation de sœurs en Tanzanie, les Sœurs de Notre-Dame Reine d’Afrique, en 1903. Les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique (SMNDA) sont devenues leurs mentors et formatrices. Lorsque sa dépouille a été déposée devant l’autel, de nombreuses sœurs étaient présentes et chantaient dans l’église.

Mgr Lechaptois est décédé le 30 novembre 1917 ; il a été remplacé par Mgr Joseph Birreaux, qui avait été recteur du séminaire d’Utinta et qui est devenu plus tard Supérieur général. En 1946, Mgr James Holmes-Siedle est devenu évêque de Karema, connu auparavant sous le nom de Vicariat du Tanganyika. En 1958, il a été rebaptisé diocèse de Sumbawanga avec le transfert du siège à Sumbawanga, sous la direction de l’évêque tanzanien Charles Msakila.

Par: John Slinger, M.Afr.

Edward Woo R.I.P.

Société des Missionnaires d'Afrique

Le Père Hugh Seenan, Délégué Provincial du secteur de Grande-Bretagne,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

Edward Woo

le dimanche 9 juin 2024 à Londre (Grande-Bretagne)
à l’âge de 85 ans dont 55 ans de vie missionnaire
en Tanzanie, au Kenya et en Grande-Bretagne.

Prions pour lui et pour ceux qui lui étaient chers.

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Visite de Mme Florence Mangin, ambassadrice de France près le Saint-Siège à la Maison Généralice

Le jeudi 6 juin 2024, Madame Florence Mangin, Ambassadrice de France près le Saint-Siège et le père Bernard Planche, conseiller ecclésiastique de l’ambassade, nous ont honoré par une visite officielle à la Maison Généralice. Cette rencontre avait pour but d’établir un premier contact, de mieux se connaître mutuellement et de discuter des activités de notre Société missionnaire ainsi que de celles de l’ambassade française près le Saint-Siège.

 

La visite a débuté par une réunion avec le Conseil Général. Cet échange a permis d’aborder les divers aspects de notre charisme, de notre mission et les défis que nous rencontrons sur la terre de la Mission auprès du monde africain. Par la suite, Madame l’Ambassadrice et le père Bernard Planche ont eu l’occasion de découvrir notre Maison Généralice. Ils ont parcouru les archives où sont conservés des documents précieux retraçant l’histoire des missions de notre Société, la photothèque qui offre un témoignage visuel de notre mission et de notre engagement en Afrique depuis plus d’un siècle et la bibliothèque qui abrite une vaste collection de livres et de documents concernant le continent africain. La visite s’est terminée par un moment de recueillement et de la prière à la crypte où repose le fondateur de la Société des Missionnaires d’Afrique, le Cardinal Lavigerie.

 

Nous souhaitons à Madame Florence Mangin beaucoup de force dans ses fonctions et dans sa mission près du Saint-Siège et nous l’assurons de nos prières. Que cette rencontre soit le début d’une collaboration fructueuse et enrichissante entre l’ambassade de France près le Saint-Siège et la Société des Missionnaires d’Afrique.

Par: Pawel Hulecki M.Afr.

Assistant Général

Paul De Vinck R.I.P.

Société des Missionnaires d'Afrique

Le Père Yvo Wellens, Délégué Provincial du secteur de Belgique,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

Paul De Vinck

le samedi 1 juin 2024 à Brugge (Belgique)
à l’âge de 93 ans dont 68 ans de vie missionnaire
en RD Congo et en Belgique. 

Prions pour lui et pour ceux qui lui étaient chers.

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60ème anniversaire de la canonisation des martyrs ougandais

Namungongo 2019

Canonisation «Soyez saints comme votre Père céleste est saint» (1 P 1,15-17)

Cette année, nous célébrons le 60ème anniversaire de la canonisation des martyrs ougandais. Ils ont été canonisés par le pape Paul VI le 18 octobre 1964 à Saint-Pierre, à Rome. Nous remercions et louons le Seigneur pour le don de nos martyrs et les nombreux fruits que nous avons reçus et continuons de recevoir de l’histoire de leur vie, de leur martyre et de leur canonisation, en particulier des fruits spirituels et moraux.

L’Église catholique en Ouganda, dirigée par le diocèse de Nebbi, célébrera cet anniversaire le 3 juin 2024, sous le thème : « Moi et ma famille, nous servirons le Seigneur » (Josué 24, 15). Certains diocèses et provinces ecclésiastiques ont pris des dispositions pour célébrer cet anniversaire. Un exemple : la province ecclésiastique de Kampala (Masaka, Kiyinda-Mityana, Kasana-Luweero, Lugazi et Kampala) le célébrera le 15 novembre 2024 à Munyonyo. L’archidiocèse lui-même a organisé une pérégrination des reliques de Charles Lwanga et de Matia Mulumba dans toutes les paroisses de l’archidiocèse, sous le thème : « Nous, les baptisés, cheminons ensemble dans la communion, la participation et la mission, sur les traces des martyrs ougandais ».

Les saints de l’Église nous rappellent notre vocation commune en tant qu’êtres humains créés à l’image de Dieu (Gn 1, 27) et en tant que baptisés : « Soyez saints comme notre Père céleste est saint » (Lévitique 11, 44 ; 1 Pierre 1, 15-17). La visibilité de cette sainteté est dans les œuvres de miséricorde : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36).

La canonisation des martyrs ougandais nous rappelle l’universalité (catholicité) de l’Église et de la sainteté. Elle nous rappelle que la « sainteté » n’est pas le monopole d’une race, d’une tribu ou d’une nationalité. Elle confirme l’enseignement de saint Pierre selon lequel : « Dieu ne fait pas de favoritisme, mais quiconque, de quelque nationalité qu’il soit, qui craint Dieu et fait ce qui est juste, lui est agréable » (Actes 10, 34-35 ; Romains 2, 11).

La journée du 18 octobre doit donc être célébrée chaque année comme un jour d’espoir pour que nous puissions nous aussi être saints comme notre Père céleste est saint. Les martyrs ougandais sont un signe de cette espérance.

Le chemin des martyrs vers la canonisation

Les martyrs ougandais ont été béatifiés en 1920, 34 ans après l’holocauste de Namugongo. Il a fallu attendre 44 ans pour qu’ils soient canonisés en 1964. Ces 44 années entre leur béatification et leur canonisation ont été une grande épreuve pour la foi des croyants, mais surtout pour ceux qui avaient été chargés de promouvoir la dévotion des martyrs et de prier pour des miracles par leur intercession.

Puis, tout d’un coup, Dieu a fait venir le pape Jean XXIII ! Il fut pape du 28 octobre 1958 au 3 juin 1963. C’est grâce à lui que le dossier des martyrs béatifiés, qui avait été mis de côté pendant près de quarante ans, a été rouvert en 1958 et que, dans les six ans, les martyrs ont été canonisés par son successeur, le pape Paul VI, le premier pape à visiter l’Afrique au sud du Sahara. Cette visite a eu lieu en Ouganda du 31 juillet au 2 août 1969.

Le moment de la canonisation des martyrs ougandais a été choisi par Dieu. C’était pendant le Concile Vatican II. C’était aussi l’époque où de nombreux pays africains devenaient indépendants. L’Ouganda lui-même a obtenu son indépendance en 1962. Dans l’homélie qu’il a prononcée lors de la canonisation, le pape Paul VI a déclaré : « L’Afrique est renée libre : L’Afrique est née à nouveau libre ». Ce message faisait écho à l’esprit de Vatican II, considéré comme l’occasion d’une renaissance de l’Église, « l’ouverture des fenêtres de l’Église pour laisser entrer de l’air frais ».

Alors que nous célébrons le jubilé de diamant de la canonisation de ces martyrs, nous devons nous demander dans quelle mesure le continent africain a connu une véritable renaissance au cours de ces soixante dernières années. Comment les martyrs ougandais/africains ont-ils été une source d’inspiration et un défi pour les  chrétiens, hommes et femmes, dans la promotion de cette liberté dont rêvait le pape Paul VI ? Sachant que ce rêve est loin d’être une réalité dans de nombreuses régions d’Afrique, comment pouvons-nous profiter de ce 60ème anniversaire de leur canonisation pour rêver à nouveau, avec le défunt pape Paul VI, aujourd’hui devenu saint, d’une véritable renaissance et d’une liberté de l’Afrique ?

L’Ouganda : Perle de l’Afrique et terre des martyrs

Les Ougandais sont souvent fiers de qualifier leur patrie de « Perle de l’Afrique », un titre qui lui a été attribué par Winston Churchill (1874-1965 ; ancien premier ministre du Royaume-Uni) lors de sa visite en Afrique en 1907. Ceux qui ont beaucoup voyagé et visité d’autres pays africains seront d’accord avec Churchill sur la beauté de notre pays. Le défi que les Ougandais doivent relever aujourd’hui est d’embellir leur pays. Malheureusement, il semble que nous fassions le contraire sur de nombreux fronts !

En 1963, l’année précédant la canonisation des martyrs ougandais, Sœur Marie André du Sacré Cœur (SMNDA) a écrit un livre intitulé : « Ouganda, terre de martyrs ». Un autre attribut précieux donné à notre mère patrie, l’Ouganda !

L’Ouganda, « la perle de l’Afrique », attire chaque année des milliers de touristes et le tourisme est l’une des principales sources de notre revenu national. Cependant, il ne fait aucun doute que l’Ouganda est surtout connu du monde extérieur grâce à ses martyrs noirs ! Trois papes sont venus dans ce pays, non pas en tant que touristes, mais en tant que pèlerins au pays des martyrs noirs ou des martyrs africains, comme ils les appelaient également.

Chacun de ces trois papes a « embrassé le sol de notre patrie pour y planter un baiser spécial de paix », en raison du sang des martyrs qui l’a arrosé ! Aujourd’hui, il n’y a pas de fête ou d’événement dans ce pays qui rassemble une foule aussi grande et aussi internationale que celle de la Journée des Martyrs, le 3 juin !

Méditant sur l’Ouganda, « Perle de l’Afrique et Terre des Martyrs », le pape François a dit ceci :

« L’Ouganda a été arrosé par le sang des martyrs, des témoins. Aujourd’hui, il est nécessaire de continuer à l’arroser pour de nouveaux défis, de nouveaux témoignages, de nouvelles missions. Sinon, vous allez perdre la grande richesse que vous avez. Et la « Perle de l’Afrique » finira par être exposée dans un musée. » (Lubaga, 28 novembre 2015)

Ce constat du Saint-Père est pour nous une véritable matière à réflexion et à prière !

La Guilde des martyrs de l’Ouganda

La Guilde des Martyrs de l’Ouganda (Association), fondée par l’évêque Henry Streicher, M. Afr., a été officiellement reconnue par Rome en 1930. C’est l’une des rares associations d’action catholique née sur le sol de l’Ouganda. Son objectif était de poursuivre la mission d’évangélisation des martyrs ougandais, en visant notamment à renforcer la vie familiale catholique et à réhabiliter la morale et les valeurs sociales.

Malheureusement, cette guilde est restée en sommeil pendant de nombreuses années et est inconnue de nombreux catholiques ougandais d’aujourd’hui ! Nous constatons ependant avec joie que ces dernières années, certains responsables d’Église et fidèles laïcs ont souhaité faire revivre cette association comme l’un des moyens d’impliquer les chrétiens dans la « nouvelle évangélisation ». Nous sommes encore plus interpellés et encouragés par les Chevaliers de saint Matia Mulumba au Nigeria, association très vivante et active qui tire son inspiration de son saint patron.

Chaque année, autour du 3 juin, un « GRAND INCENDIE SPIRITUEL » des martyrs ougandais brûle dans notre pays et à l’extérieur. Pendant cette période, les télévisions, les radios, les journaux, les homélies, etc. nous rappellent bruyamment l’histoire des martyrs ougandais. Mais qu’advient-il de ce grand feu après le 3 juin ? N’est-il pas triste de constater que ce feu s’éteint immédiatement après le 3 juin ?

En Luganda, nous avons un proverbe qui dit : « Oguliko omuseesa, teguzikira » (Le feu qui a un tisonnier [agitateur] ne s’éteint pas). Une partie de la mission de la Guilde des martyrs ougandais ressuscitée consisterait à veiller à ce que ce feu allumé autour du 3 juin reste allumé jusqu’au 3 juin suivant. Ses membres seraient les « pokers » (abaseesa) de ce grand feu annuel du 3 juin. La renaissance de cette guilde/association dans tous nos diocèses serait non seulement un souvenir très significatif de ce 60ème anniversaire de la canonisation des martyrs ougandais, mais aussi un cadeau précieux offert à ceux que nous appelons fièrement nos ancêtres dans la foi.

La canonisation : une source de joie, d’inspiration et de défi

Le message clé des réflexions faites par les différents Missionnaires d’Afrique sur les martyrs ougandais, leur martyre, leur béatification et leur canonisation, est bien exprimé dans ce proverbe Luganda qui dit : « Ne gw’ozaala akukubira eηηoma n’ozina » (Même votre enfant peut battre le tambour pour vous pendant que vous dansez). La canonisation des martyrs ougandais est pour nous, et pour l’Église en Afrique, une source de joie et d’inspiration, mais aussi un défi.

Le père Siméon Lourdel Mapeera, qui a bien connu ces martyrs, en a baptisé la moitié et les a bénis alors qu’ils quittaient Munyonyo pour Namugongo, a écrit ces mots lorsqu’il a reçu la dépouille de Charles Lwanga, cinq mois après l’holocauste :

« Nous prions pour que ces précieuses reliques de l’un des premiers martyrs ougandais nous inspirent et nous insufflent un nouveau courage et un nouvel enthousiasme pour travailler à la conversion de ces gens et nous rappellent que Dieu, s’il le veut, peut faire naître des enfants pour Abraham à partir de pierres (Mt. 3, 9) » (Nalukolongo – 4 novembre 1886).

Notre fondateur, le cardinal Lavigerie, avant même que la cause de leur béatification ne soit présentée à Rome, invitait nos prédécesseurs à « admirer et imiter leur courage ». À l’occasion de leur béatification en 1920, le supérieur général, Mgr Léon Livinhac, également père fondateur de l’Église catholique en Ouganda, écrivait : « La béatification des martyrs de l’Ouganda annoncera un renouveau spirituel notable dans la vie surnaturelle de notre Société ; le commencement, pour ainsi dire, d’une nouvelle ère de piété, de zèle, de générosité et de régularité, remarquable, par conséquent, par de saints travaux qui donneront une grande gloire à Dieu et lui apporteront des milliers d’âmes ». 

Puis, à l’occasion de leur canonisation en 1964, le Supérieur général, le père Leo Volker, écrivait : « Peu d’événements ont été chargés d’une telle signification pour la Société et toutes les Missions africaines… » Dans la même lettre, il reprenait mot pour mot la citation de Mgr Livinhac citée plus haut. Parlant de la joie que cette canonisation allait apporter aux missionnaires et à l’Église en Afrique, il a écrit :

« Néanmoins, cette joie abondera surtout dans l’Église africaine, et en particulier dans l’Église de l’Ouganda. C’est à juste titre que nous, les Pères Blancs, y aurons notre part, étant en toute humilité légitimement fiers que la divine Providence ait choisi d’utiliser notre Société pour faire naître dans la Foi les âmes de ces Martyrs. Notre joie nous apportera un courage renouvelé et une confiance accrue dans l’avenir de l’Eglise africaine. Si les chrétiens de la première génération, moins de sept ans après l’arrivée des premiers missionnaires, ont pu, avec la grâce de Dieu, verser leur sang pour la foi chrétienne, qui doutera des merveilles que la même grâce peut opérer aujourd’hui dans les âmes de leurs frères ?

Ces réflexions de nos prédécesseurs nous invitent, avec l’Église d’Afrique, à faire des martyrs la source de notre joie et de notre inspiration, mais aussi à voir en eux le défi d’être plus courageux et plus zélés dans notre travail missionnaire. À la veille de la canonisation, le père Leo Volker a fait remarquer que : « en toute humilité, il est légitime d’être fier que la divine Providence ait choisi d’utiliser notre Société pour faire naître dans la foi les âmes de ces martyrs ». Qu’est-ce que cette remarque implique aujourd’hui pour notre Société et notre Mission ?

Les Missionnaires d’Afrique en Ouganda ont le privilège d’être les gardiens de deux sites clés liés aux martyrs ougandais : Nabulagala où la majorité des martyrs ont commencé leur catéchisme et où quatre d’entre eux ont été baptisés : Joseph Mukasa Balikuddembe, Andrew Kaggwa, Mathias Mulumba et Luka Baanabakintu ; c’est aussi le lieu de repos de leurs pères spirituels, les missionnaires pionniers en Ouganda. Et Namugongo où le chef des « Abasomi » (chrétiens), Charles Lwanga, a été martyrisé et qui est aussi devenu le signe et le symbole par excellence de tous les martyrs ougandais. Dans l’Église, les privilèges s’accompagnent d’un fardeau de service et de responsabilité. Quel service et quelle responsabilité spécifiques ce privilège confère-t-il à notre Société en général et aux confrères qui y sont nommés ?

Par: Richard Nnyombi, M.Afr.

Namungongo 2019

Heureux les artisans de paix

JDPMC of Osogbo meets politicians for dialogue on women participation in politics

L’éducation ou la culture de la paix est une manière de mettre en pratique, jour après jour, des valeurs, des attitudes et des comportements aidant la société à se débarrasser de tout mode de vie qui conduit à la violence, au conflit, à la guerre, au tribalisme, au racisme.

Centres de justice, développement et paix

Au Nigeria, pour faciliter l’éducation et la culture de la paix, chaque diocèse a pris l’initiative de créer son centre de justice, développement et paix. C’est ainsi que le diocèse d’Osogbo, au sud-ouest du Nigeria, a aussi son centre de justice, développement et paix (Justice, Development and Peace Markers Centre, JDPMC).  Ce centre a pour mission de promouvoir la justice, le développement durable et la paix pour participer à la transformation du monde. Le coordinateur en est l’un des prêtres diocésains, assisté d’un autre prêtre, de 18 membres de staff, de cinq personnes chargées de l’administrations, de trois assistants et de quatre chauffeurs. Selon le rapport annuel 2023 du coordinateur, le centre ne s’est pas focalisé sur les seules élections inclusives et crédibles, la défense des droits des faibles, l’aide aux personnes vulnérables, la campagne contre la violence faite aux personnes vulnérables comme les handicapés, la promotion et le rôle de la femme à la gouvernance de l’État d’Osun, la promotion de la cohabitation pacifique, la promotion au développement rural et à la sécurité alimentaire, la campagne à l’enrôlement massif avant les élections 2023 et l’organisation de sessions sur place et dans les différentes communautés dans l’État d’Osun pour assumer la cohabitation pacifique et la sécurité.

Mais cette commission de justice, développement et paix a beaucoup œuvré pour la justice et les droits de l’homme. Par exemple, elle a reçu 43 plaintes de violence dont 70 % concernant la violence fondée sur le sexe ; elle est intervenue pour 17 prisonniers dans différents tribunaux ; 10 cas de criminels ont été conclus, 3 personnes ont été libérées de la prison ; elle est aussi intervenue pour la libération de véhicules et d’autres effets confisqués par la police ; elle a donné des conseils à des personnes dans différents coins du diocèse et de l’État d’Osun ; 7 cas d’abus d’enfants ont été poursuivis en justice ; des enfants arrêtés par la police nationale ont été libérés ; finalement, elle a établi des commission de justice, développement et paix dans différentes paroisses. 

Paix et développement sont inséparables

L’inséparabilité de développement de la paix ne s’explique-t-elle pas dans les citations de  Paul VI à l’ONU, à l’occasion du 20e anniversaire de l’organisation des Nations-Unies : « Plus jamais la guerre ! La paix nécessaire, condition inéluctable de l’humain, telle est la réalité supérieure qui émerge. ». Le pape a défini la paix comme le « reflet du dessein de Dieu pour le progrès de la société humaine sur la terre » (cf. Lucien Guissard, Vers la nouvelle histoire, La Croix du 6 octobre 1965).

Personne ne peut donc ignorer et réfuter que la paix et le développement intégral sont strictement inséparables. La paix est la clé du progrès ; il n’y a pas d’économie prospère sans la paix. L’éducation, le commerce, l’agriculture, la construction des infrastructures, comme éléments de développement, ne peuvent se faire que quand et où il y a la paix.

Attitudes pour la résolution pacifique des conflits

Jusqu’à quand enfin, ne cesserons-nous pas de réitérer le psaume : Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent (Psaume 85,11). Sans la vérité sur la racine des conflits, l’amour, la justice, il ne serait que question de « tourner autour du pot. » Pour la résolution des conflits, la médiation ou le dialogue doivent donc se baser sur les bienfaits de l’amour, de la justice et de la paix en vue de progresser dans la vie. À Ejigbo par exemple, pour résoudre les conflits entre individus, familles et groupes, nous les mettons ensemble afin de dialoguer pour qu’ils voient eux-mêmes les conséquences de la violence ; en même temps, nous les aidons à arriver au consensus dans l’amour et la vérité. Mais avant tout, nous les invitons à la simplicité, au respect, à l’amour, à la vérité, au pardon, à l’entraide mutuelle, au refus de la corruption, de la violence et de la manipulation de la jeunesse et à l’impartialité de la part des agents pastoraux.

Participation des Missionnaires d’Afrique à la paix

Dans notre secteur du Nigeria, je ne peux passer sous silence la contribution des Missionnaires d’Afrique à l’éducation et à la culture de la paix. Etant donné que la paix est liée au droit de tous les êtres humains et qu’elle les ramène à une vie digne, notre secteur participe à l’éducation de la paix en pratiquant le charisme de la Société ; nous conseillons fortement à nos communautés d’établir une commission de JPIC-ED dans nos paroisses, en collaboration avec celle du diocèse. Ainsi dans nos paroisses, nous avons toujours formé des groupes de justice, développement et paix dont les membres se rencontrent une fois par mois et remetent le rapport au conseil de la paroisse.  

L’évangile, outil principal pour promouvoir la paix dans le monde

La paix est au cœur de la foi chrétienne. L’évangile est le plus grand outil pour la promouvoir. Nous ne pouvons pas parler de Jésus sans parler de paix car le « Christ est notre paix » (Éphésiens 2,14) ; « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9). C’est un appel et un défi que Jésus a lancé à tous les chrétiens. Jésus nous envoie comme ses disciples avec l’instruction que « dans toute maison où vous entrez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison’ » (Luc 10,5). La première parole de Jésus ressuscité aux apôtres n’est que la « paix » (Luc 24,36 ; Jean 20,21). En Jean 14,27 Jésus affirme : « ce n’est pas à la manière du monde que je vous donne la paix » car elle éliminer le mal et la violence de ce monde jusqu’à la racine.

L’eucharistie, autre outil pour la culture de la paix

La paix de Jésus – non celle du monde – est toujours partagée lors de la messe. La célébration eucharistique est une éducation à la culture de la paix. Elle invite les participants à la paix dès le début : « La paix soit avec vous » et les renvoie à la fin dans la paix : « Allez, dans la paix du Christ ». Avant l’invitation à se saluer, le célébrant principal prie toujours ainsi : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes Apôtres : ‘je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix’…» ; « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous» ; « dans la charité du Christ donnez-vous la paix ».  Ainsi, la célébration eucharistique est une occasion pour inculquer la paix.

Par: Pierre Chanel Ulama, M.Afr.

L’éducation à la culture de la paix à travers des valeurs et mécanismes endogènes

Kôrêdugaw au Centre Sénoufo

Avec la multiplicité de ce que l’on propose aujourd’hui comme étant des valeurs de notre société, il n’est plus chose aisée de définir l’éducation. Avec la tendance actuelle de tout relativiser, sur quoi doit-on se baser pour déterminer l’éducation appropriée, ou encore pour distinguer le bien du mal ? Dans cet article, nous référant aux valeurs et pratiques du peuple sénoufo d’hier, nous proposons des valeurs et mécanismes endogènes comme possible voie d’inculquer la culture de la paix.

Les Sénoufo d’hier

Hier, au Mali comme ailleurs dans plusieurs communautés d’Afrique noire, l’éducation d’un enfant avait pour objectif de faire du jeune enfant un membre entier de la communauté, connaissant ses droits et devoirs envers la société. Cette période d’éducation s’appelle « l’initiation ». Pour le peuple sénoufo, l’initiation permet de transmettre à l’enfant des valeurs nécessaires pour son intégration dans son milieu de vie. On lui apprend l’histoire de son village, l’art de vivre, l’art de gouverner, la pharmacopée, la fabrication des instruments ou outils de travail et l’apprentissage des exercices servant à développer l’endurance. Autrement dit, l’initiation est pour le peuple sénoufo un contrat social établi entre la société et l’individu. C’est une sorte d’université où un membre de la société recevait l’illumination qui le transformait de son animalité (état présocial) à l’état d’homme (nature humaine).

De même, dans le but d’assurer la perpétuité et l’harmonie sociale de la communauté, chaque adulte a le devoir de participer à la formation intégrale de l’enfant. Ainsi, l’enfant sénoufo d’hier appartenait à toute la société et son éducation était une œuvre communautaire. Selon Holas Bohumil[1], l’initiation chez les Sénoufo consistait en la formation technique et philosophique des citoyens pour qu’ils soient dignes d’un ordre social fondé sur certaines valeurs. Pour Roland Colin[2], ce genre d’éducation était le système unificateur le plus complet assurant l’ordre social entre les générations, entre les sexes, entre les humains et les génies. Bref, on recherchait une formation holistique : l’éducation de « tout Homme et de tout l’Homme ». L’ultime but recherché par l’éducation d’hier était avant tout d’assurer l’harmonie, voire la paix, dans la communauté et entre les communautés.

Pour y parvenir, la société d’hier possédait des valeurs et mécanismes communs qui lui permettaient de distinguer le bien du mal et de construire une société apaisée. A titre d’exemple, chez les Sénoufo, le Grand Calao (Zhigban / Zhigbannawo en langue sénoufo) est l’oiseau symbole d’une éducation accomplie. Par sa vertu rituelle, le grand calao symbolise la fécondité, la sagesse et la sécurité. Par sa forme, chacun de ses membres constitue un creuset d’enseignements appropriés aux jeunes initiés :

-Sa grosse tête est symbole d’une « bonne mémoire » : le jeune initié doit savoir retenir les enseignements.

-Son bec fermé et posé sur le ventre symbolise la maîtrise de sa langue : le jeune initié doit savoir maitriser sa langue, être discret et faire surtout attention à ne pas dévoiler ce que l’on apprend dans le bois sacré.

-Ses ailes écartées montrent que le calao s’apprête à voler : c’est un conseil au jeune initié d’être toujours prompt au travail ; une manière de lui dire : ‘ne mendies pas, mais nourris-toi, toi-même !’

-Ses pattes droites sont des symboles de la droiture et l’honnêteté que l’initié doit s’approprier: il ne doit ni mentir ni voler ou encore commettre l’adultère.

Aujourd’hui

Le constat est amer. Force est de constater que nombre de jeunes d’aujourd’hui sont sans repères ! Ils sont en rupture avec leurs racines culturelles et valeurs sociétales. C’est l’origine de nombreux conflits qui fragilisent notre société actuelle. Ignorant les codes d’éthique, de citoyenneté et de patriotisme, les jeunes sont souvent victimes de manipulations idéologique et financière, facilement enrôlés dans le banditisme, la délinquance et des scènes d’extrémismes.

De nos jours, on assiste impuissamment au manque de valeurs et de mécanismes d’enseignements majestueux à l’image de ceux attribués au grand calao. Nous remarquons cependant que la situation de guerre et de conflits intercommunautaires au Mali a éveillé la conscience de plusieurs leaders religieux, politiques et coutumiers. Plus particulièrement, la société malienne devient de plus en plus consciente du fait que l’éducation efficace et le développement durable et respectueux de toute société humaine passent d’abord par l’apprivoisement de sa propre culture.

L’Église au Mali en général et la Société des Missionnaires d’Afrique en particulier ne sont pas restés en marge. Elles contribuent et participent à l’éveil des consciences et d’une culture de la paix et à la cohésion sociale, tout en ayant pour souci permanent la valorisation des mécanismes endogènes de nos cultures, notamment à travers le ministère de l’inculturation. Pour preuve, dans les plans stratégiques pastoraux de presque tous les diocèses du Mali, un accent particulier est mis sur la reconstruction de l’ordre social à partir des valeurs de nos propres cultures. C’est à la fois un appel à redécouvrir les valeurs de nos pratiques culturelles et un appel à des réponses éclairées par les valeurs évangéliques.

La société malienne regorge d’une richesse culturelle et des mécanismes endogènes inestimables qui peuvent être de véritables vecteurs de la consolidation de la paix et de la coexistence pacifique. Dans plusieurs communautés maliennes, par exemple, se trouvent des mécanismes endogènes comme le sinankunya (relation à plaisanterie), le maaya (l’humanisme), le jatigiya (l’hospitalité), le koreduganya (confrérie traditionnelle chargée de prévention et de gestion des conflits). Ce sont, entre autres, des voies et moyens, malheureusement déchirés par la violence qui ronge le Mali depuis plus de dix ans. L’Église est plus que jamais appelée à redécouvrir ces valeurs et mécanismes endogènes afin de proposer des pistes d’évangélisation plus accessibles à ses contemporains, notamment à la crème de notre société, qu’est la jeunesse.

Le Centre Culturel Sénoufo à Sikasso (CRSPCS), le Centre d’étude de langue (CEL) à Faladjé – Kolokani, l’Institut de Formation Islamo-chrétienne (IFIC) et le Centre Foi et Rencontre (CFR) à Bamako, fruits des initiatives des Missionnaires d’Afrique, sont parmi les plate-formes d’apprentissage et d’approfondissement de ces valeurs sociétales de la coexistence pacifique. L’existence de ces structures est non seulement un témoignage palpable de la volonté de l’Église de reconstruire l’ordre social bafoué par la violence, mais aussi de donner à la société malienne l’occasion d’approfondir sa connaissance de l’autre dans sa différence.

[1] Holas Bohumil, Les Senoufo (y compris les minianka), l’Harmatan, Paris, 1957

[2] Colin Roland, Kénédougou, visage du monde des Sénoufo du Nord au tournant de l’histoire. In : Sénoufo du Mali, Paris, Revue Noire Éditions, 2006, pp.80-87.

Par: Bruno Ssennyondo, M.Afr.

Centre Senofo et IFIC avec la Communauté musulmane à Sikasso
Calao